A la Lueur du Lampadaire !

La technique du Shibori


 

絞る  

 

Une poignée d’eau se pétrifia sur la statuette de mousse verdâtre jetée par une louche de bois. Une prière psalmodiée l’accompagna. Quelques piécettes aussi, qui tombèrent au fond du bassin.

Plus loin, reconnaissable au son qu’elles émirent, d’autres pièces de monnaie trébuchèrent sur une table en bois, glissant depuis la corde en raphia qui les maintenait collées serrées. Je suivis alors ces aigrelets tintements.

Passant sous un majestueux tori en bois de cèdre rouge, avec sa barre haute arquée prête à s’envoler, je longeai un bac de sable blanc trônant au centre de la place de bonne facture. Chaque grain avait reçu un coup de brosse très rigoureux, s’arrêtant net aux bordures en planche, également en cèdre rouge. Les pavés qui continuaient sur les allées couvertes emmenaient vers de petites salles aux murs de bambou et papier de soie où des demoiselles sans âge travaillaient des monceaux de tissu précieux.

Des bancs disposés ça et là autour des salles ouvertes invitaient les passants à se poser là. Je m’y posai donc pour admirer les doigts de fée…

 

Un bac d’eau où dormaient des carrés de japonaises, un tas de piécettes en étain frotté qui attendaient leur rôle et enfin des bouts de ficelle de chanvre brut s’exposaient depuis leur place de bambou.

La dame vêtue d’un admirable kimono précieux retira de l’eau claire un carré qu’elle essora délicatement de ses doigts fins. Elle l’étala ensuite sur la planche faite pour le recevoir et disposa une pièce d’étain, chiffonna soigneusement le tissu autour de la pièce qu’elle finit par nouer étroitement à l’aide d’un bout de ficelle. Puis elle recommença : une pièce d’étain, une ficelle de chanvre et un nœud discret, sur toute la largeur et longueur du carré, et la dizaine de carrés qui nageaient dans le premier bac.

Elle travaillait vite et d’une grâce indescriptible : scandées par les manches dorées du kimono, auréolées par les japonaises chamarrées, les mains de la dame brillaient tels des diamants dans une caverne de bambou ambré où le temps n’avait plus d’emprise sur ce monde.

Ni sur moi.

 

Les exclamations d’admirations me sortirent de ma transe que bien de minutes plus tard alors qu’il n’y avait plus aucun touriste autour de moi. Je m’abandonnai encore un peu, silencieux, avec la dame aux mains de soie, savourant ces instants solitaires, intimes et singuliers. Je finis par rejoindre le groupe à la case suivante où une autre dame merveilleusement parée déballait des lais de tissu gaufré, aux nids arrondis, les jetant sur les tatamis les uns par-dessus les autres.

Et puis d’une volute courbée du bras elle joignit le geste au regard sur le décor de la petite salle. Aux murs étaient suspendus d’augustes kimonos au tissu gondolé où les fils iridescents étincelaient à chaque angle des alvéoles textiles. Sur les côtés, alignées gracieusement, des élégantes présentaient leur toilette telles des madones sises sur le bord des cieux.

Petit à petit, les touristes s’éparpillèrent vers la boutique moderne qui vendait aussi bien de ces angéliques kimonos, embaumés au féminin et masculin, que des accessoires de mode tels de superbes sacs à main et mignonnes pochettes, des décorations florales et autres décoctions de la coquette et du dandy.

 

Finalement, ayant laissé mes sœurs gazouiller auprès de ces chics tournures exotiques, je ralliai mon premier amour, la dame aux mains de soie. Je ne sais si ce temple textile n’est qu’un attrape-nigaud touristique ; néanmoins, il m’apparaît si réellement traditionnel. Au-dessus de la salle, l’inscription calligraphiée sur la large plaque, que je déchiffrai laborieusement, exprimait un Shibori en lignes inspirées.

 

Notes de making-off :

1)    Ecrire sur une technique en posant les étapes une par une : dans le cas d’un enseignement direct. Mais je veux le texte plus vivant : un dialogue alors ? Malheureusement, la scène prend place au Japon avec, par conséquent, une attitude silencieuse, je présume. J’ai d’abord débuté par une description du lieu mais ça n’a pas convenu car ne montre pas du « vivant » ; donc je l’ai changé par un acte physique visible (l’eau et la louche) mais qui a quand même entraîné une description du lieu (qui est donc inévitable.) Les actions s’expriment par de verbes d’action à le forme active : faites par la dame en kimono ressembleraient-ils à une description ou faites par le narrateur seraient-ils plus actifs ?

2)    J’ai appris qu’il y avait aussi d’autres demoiselles, que je n'avais remarqué, qui teignaient avec précision de ces carrés d’étoffes.

 

Japanese EC-3 big eco-bag, "shibori" coloring technique



18/01/2014
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