A la Lueur du Lampadaire !

En quête d'Ecriture sous Contrainte !

Une catégorie exprès pour miss Goliath et son jeu d'écriture !


Minuit Moins Deux (texte)

 

Portail d'antoni Gaudi.

 

 

Minuit moins deux. Il avait trois minutes avant minuit pour faire de son mieux.

Voilà ce que Rumen se répétait.

Affuter mes réflexes.

Vérifier mon arme à feu.

Suivre les consignes.

En standby.

 

*

 

Valence souffla sur le comptoir pour y déloger un épais tapis de poussière. Cela faisait des lustres que cette salle n'avait pas été utilisée ! Et pourtant, elle était hier même propre comme un sou neuf... Il se serva vite fait un verre de cognac depuis le fond de bouteille qui trainait. Le cognac, ça vieillit bien, non ? Puis il déposa ses cartes magnétiques en pile et déballa le plan de papier décoloré et découpé. Des schémas de circuits intégrés, suivis conscensieument par un doigt gercé mais méthodique : on sentait que le jeune homme travaillait sérieusement.

 

*

 

Hetty avait grimpé sur le toit de l'église, légèrement en retrait de la place centrale. L'ardoise glissait sous les pieds, luisante de pluie froide. La mousse séculaire et la charpente en piteux état n'aidaient guère.

"Gare à toi !" depuis la place.

"N'aie crainte, même un dragon ne peut me débusquer d'ici..."

 

*

 

Valence installa son laptop. D'un geste rapide, il fit glisser ses cartes magnétiques dans la fente du lecteur de carte. Les données s'échappèrent dans une mélodie mécanique. Harmonieuse. "Je ne vous savais pas mélomane..." entendit-il. Le laptop les chargea. Il tira diverses machines depuis d'immenses cantines qu'ils avaient déposées çà et là dans la salle du pub, au cours de l'après-midi avec Monsieur. "Tiens, je me demande ce qu'il fait ?" s'interrogea-t-il.

 

*

 

Les lumières clignotaient dans le cockpit, rendant les manipulations plutôt difficiles. L'appareil semblait prêt à rendre l'âme. Cependant, Monsieur savait qu'il aura terminé à temps pour coupler les interfaces ensemble. Puisqu'il avait déjà fait ça avant... Pour l'instant, il lui fallait suivre à pas comptés les instructions de Valence : ce n'était pas son domaine d'expertise, l'informatique !

 

*

 

Il les disposa en cercle autour de son poste de travail. Il s'agaça qu'elles n'étaient jamais là où on les laissait ni jamais prêtes. Ni qu'il y en avait tant d'inutiles parmi elles : mais que pouvait-on faire avec une centrifugeuse ou un séquenceur dans un bar ? Il avala la dernière gorgée de cognac. Ce fut alors qu'il pensa aux microbes vivant dans cet environnement : "Et merde !" Il vivait lui-même et travaillait avec des médecins à longueur de temps mais il n'avait pas une once d'attention sanitaire.

 

*

 

La pluie moullait le sol de galets gris. Ils brillaient légèrement, tels des milliers d'yeux guettant les gestes de Rumen. Ce dernier guettait lui-aussi, caché dans un renfrognement à peine profond que la chambranle elle-même, la place de village où la fontaine rustique ne coulait plus son eau. Le dragon ne tardera pas... Un grognement menaçant déchira à l'instant même le silence de la nuit. Et celui d'après, le martèllement caractéristique d'un mastodonte, brissant les pavés.

A ta droite, des antennes paraboliques.

A quatre heures, des conteneurs métalliques, sous l'auvent du forgeron.

Au centre et allant vers neuf heures, les cables électriques tendus.

Oui, je vois tout cela.

 

*

 

Un bip strident retendit sur la console, vrillant les tympans de Monsieur. Selon le radar, le dragon entrait dans la zone de confort. Le seuil critique serait atteint dans un moment lorsque tous ces éléments métallico-ferreux présents sur la place auront accroché la peau pseudo-aimantée du dragon. Monsieur n'avait pas d'explication exacte : il se contentait de l'excentricité dès lors qu'elle entrait dans un lexique utile. Un autre écran bipa : l'accumulateur était chargé à bloc. Monsieur programma son déchargement à la milliseconde près : il n'avait que trois minutes, après tout, pour agir efficacement. Quoi, trois minutes ? Non, ce ne pouvait être possible !

 

*

 

Rumen avait la vague sensation que quelque chose déconnait. La chose serait facile à détruire, ça oui, puisqu'ils l'avaient déjà fait.

 

*

 

Le dragon rugit, lourd de menaces.

Son corps noir, pourvu de pointes et d'immenses ailes au cuir ridé, se couvrait de divers objets trouvés dans la rue, déplacés en lévitation lente pour ne pas attirer l'attention du monstre.

Néanmoins, celui-ci n'en avait cure.

Il progressait à son allure nonchallante comme si rien ne pouvait l'atteindre. Il savait où il allait. Et il allait écraser cette mouche qui dirigeait son esprit sur lui.

 

*

 

Rumen était au maximum de sa concentration. Déplacer des objets inertes n'en était pas la difficulté mais plutôt la résistance passive du dragon. Comme deux aimants à charge identique qui se repousseraient. Rumen devait donc utiliser toute sa force pour maintenir la connexion. Une fois aux câbles, il sera délivré de cette contrainte : il emballera soigneusement le tout.

 

*

 

Or, il fallait dérouter le dragon vers la zone des câbles. Où allait-il donc comme ça ?

"Il vient vers toi, Rumen !" s'exclama Hetty. "Sors de ton abri avant qu'il ne t'atteigne !"

"Par où, sans qu'il me voit, Hetty ?"

"Glisse-toi derrière les tonneaux..."

Maigre cachette...

 

*

 

L'épreuve devint plus dure. Ramper et se concentrer... Cela lui en demandait trop. Alors il bougera sans se dissimuler... Les câbles s'enroulaient par à-coups.

 

*

 

Le dragon le captura ! Précisément, il captura son cerveau.

Et y alluma le feu.

 

*

 

Rumen ne voyait plus rien devant lui. Ses yeux étaient mangés par cette lumière rouge et aveuglante. Qui venait de l'intérieur.

Et si brûlante. Un pas en avant. Tiens toi au tonneau, droit devant toi. Encore dix centimètres.

Seules ses indications le gardaient encore en phase. Encore un peu. Continue... Je sais que c'est si dur... Le câble est noué !

 

*

 

Des hurlements déchirèrent la nuit. La fontaine se brisa sous la force du dragon contre lequel un morceau resta accroché par une boucle de câble, tel un bras désarticulé.

Rumen roula sur les pavés, sous l'étreinte du dragon. Mais il ne voyait plus ce monstre à corps humain, au buste de femme et au menton de pharaon.

 

*

 

Monsieur garda le regard braqué sur l'électrocardiogramme. La ligne verte se dérègla pour bientôt s'aplatir. Un nom était inscrit au-dessus : Rumen. Non, il ne résistera pas longtemps. "Et je n'aurais pas le temps d'aller sur la place !" Presque aussitôt, sa main se saisit du haut-parleur externe et l'alluma. "Sphinx of black quartz, judge my vow !" jeta Monsieur dans le vide. La phrase explosa dans l'air...

 

*

 

Le rugissement qui lui répondit renvoya toute la fureur du dragon. Il détourna son attention vers l'ouest, d'où provenait ce son horrible, jusqu'à un mastodonte allongé sur le flanc de la colline, aux ailes blanches et aux écailles si lisses que peu d'entre elles étaient distinctes.

Non, il ne laisserait pas ripaille à ce rival ! Il fouilla alors à la recherche de l'intellect et s'empara... d'un esprit d'homme ? Peu importe. Où il mit le feu.

 

*

 

"I'm dead..." fut la seule pensée sensée. Monsieur ne résista guère. Un clac retentit dans le cockpit mais personne n'était là pour le surveiller.

 

*

 

Valence leva la tête de son écran à la vue de l'éclair bleu électrique qu'avait pris le filet vespéral. La charge avait été tirée ! Oui ! Il était temps ! Il ne pouvait plus supporter encore ce lieu habité de bruits nocturnes, invisibles dans son dos, qui cessaient dès qu'il faisait volte-face. Non, les hurlements extérieurs étaient plus...

Matériels !

 

*

 

Hetty sonda les environs. Le dragon n'avait plus aucun signe de vie en lui. Rumen était convulsé au sol mais bien conscient. Valence était inquiet malgré l'effroi du surnaturel qu'il avait toujours. Monsieur ne répondait plus à ses appels.

 

*

 

"Valence ?" On l'appelait. "Remets le protocole en route." "Qui n'est plus là ?" "Mon frère..." Mentit-elle Oh non, il fallait recommencer ? Bon, ce ne serait que la quatrième fois. Et dans ce monde habité de monstres mythiques, de sujets à manipulations paranormales et de fantômes immatériels protecteurs, ce n'était pas si anormal... Valence s'élança jusqu'au conteneur à l'étiquette jaune et noire. "Quelle consigne ?" "L'électro doit être déchargée une vingtaine de millisecondes plus tôt. Et les haut-parleurs de l'A4000 coupés." Valence pianota ces informations sur le logiciel et lança la procédure. Un halo rosâtre s'échappa de l'énorme conteneur. Valence le regarda se transformer en sphère couleur octarine . Ce fut alors qu'il réalisa ! "Qu'est-ce qu'ils ont, les hauts-parleurs ?" s'écria-t-il, effrayé.

 

*

 

La sphère explosa sans bruit. Ses ondes effleurèrent tout l'espace. Elles s'éloignèrent plus vite que la lumière. Elles enveloppèrent chacun des personnes et objets présents. Ils vieillirent et rajeunirent tout à la fois. Ils s'affermirent et vacillèrent tout à la fois. Les ondulations octarines s'en allèrent, concentriques, vers le fond de la salle, traversèrent les murs et s'élancèrent à l'assault de la plaine et du reste de la terre. Elles se firent et se défirent en même temps. Elles imbibèrent tout sur leur passage : chaque objet prit à la fois un aspect spongieux et martelé. Elles s'infiltrèrent au creux de chaque cellule, les transformant et les déformant dans un même mouvement. Elles fit apparaître des formes invisibles à l'oeil nu quelques millisecondes, toutes autant torturées. Puis elles recouvrirent le silence.

 

*

 

Encore quelques instants, le temps resta suspendu. Toutes les choses scintillèrent encore quelques instants. Ce qui était et ce qui n'était pas encore co-vécurent avec ce qui n'était plus et ce qui ne sera jamais. Puis tel un rythme de son velouté venant d'un rivage, l'esclavage sur les choses s'estompa. Enfin, le silence reprit sa profondeur normale.

 

*

 

Les Draconis scrutaient au détour d'un nuage noir chargé de pluie... L'elenath scintillerait nonchalante et hâtive à la fois. Se lever et s'en aller ou seoir en tailleur et voir en veilleur : c'était là toute leur vie.

 

*

 

"Allo ?" appela Valence, étourdi. "Mets-toi au travail !" scanda une voix dans la tête. Les Oufs, ils étaient tous là !

Minuit moins deux. Il avait trois minutes avant minuit pour faire de son mieux.

 


29/07/2012
0 Poster un commentaire

Minuit moins deux

Voici les contraintes pour ce 6ème projet intitulé "Minuit moins deux".
- Titre : Minuit moins deux
- Lancer un dé (classique, à 6 faces) : le résultat est le nombre de minutes que doit durer votre histoire
- La première phrase doit être la même que la dernière
- Votre texte doit contenir : le nom d'une étoile ou d'une constellation, un mot étranger, un pangramme
- Votre texte doit contenir dans l'ordre : ardoise, centrifugeuse, excentricité et vague.

Date de rendu : fin juillet / début août.

 

 

voir : //enquetedemots.blogspot.fr/ 

 

 

PS: aujourd'hui, je suis minimaliste... 

 

 

 


18/07/2012
0 Poster un commentaire

Projet ESC #5 : L'abri

les textes des autres participants

les règles et aussi le making-off de mon texte 

L'abri 

 

/! /! Scène mature, type yaoi, certes pas très détaillée, mais pouvant choquer. /! /!

 

 

Il se retourna vivement. S'attendait-il à me surprendre en train de me récurer le nez ? Parce que c'était le cas ! Avec un mouchoir en papier ; je ne suis pas si écœurant que ça.

 

- Vous ne prenez pas de notes, monsieur Lightmann ?

- No-on...

- En même temps, ce n'est pas facile avec un doigt dans le nez !

 

Il ricana. Ce rictus me mit hors de moi. Non mais, qui était-il donc pour se permettre de s'en prendre à moi, de me ridiculiser et de m'agresser ! Et puis, moi qui me fichais royalement de l'opinion public, j'eus une vague de honte m'envahir alors que la colère m'habitait encore. C'est fou, ça ! Mais que m'arrivait-il ? Et lui, pourquoi il ne ciblait qu'uniquement ma personne ?

 

- Savez-vous au moins quel est le topic d'aujourd'hui ?

- Si vous me le dites, je le saurai...

 

Pas très astucieux de ma part mais j'avais envie de le provoquer : jusqu'où ira-t-il ?

 

- Eh bien, vous me préparerez le compte-rendu de la réunion, monsieur Lightmann. Et contrairement à votre nom, vous n'êtes pas une lumière !

 

Puis il se retourna et repris son "topic". Me laissant fulminant. Petite frappe. J'avais en horreur son franglais et ses bons mots. Peut-être est-ce la raison pour laquelle je ne l'écoutais pas en réunion ? Dès que l'occasion me passera à portée de main, je le ridiculiserai à son tour.

 

Ma voisine de table me tapota le bras et me tendit un fin classeur. Elle n'était pas souriante ; non, son regard me fuyait. J'ouvris le classeur qui laissa apparaitre le titre et la date de la réunion. Et un bout de petit mot.

"C'est dommage que vous soyez si imbu de vous-même, Valence ! Recopiez ceci pour que chacun d'entre nous puisse travailler dans de bonnes conditions !"

 

Je reniflai. Et rendis d'un geste brusque le classeur. Sans la regarder. Mais quel droit ces confrères avaient-ils de me juger de la sorte ? Pauvres idiots.

 

*

 

La nuit venait de tomber. Le barman sortit de sa boutique et observa un instant la rue. Elle n'était pas encore bruyante des voitures aux conducteurs pressés ni des fêtards en quête de bruit. Le barman épousseta son gilet noir et, hochant la tête, jeta un œil à l'enseigne qui brillait faiblement. Il faudrait plus de luminosité aux néons quand même.

 

 

Un manteau de laine grise jeté avec nonchalence sur les épaules, j'avançais au hasard. Où aller pour me calmer de cet affront ? L'air frais semblait me faire du bien ; je réfléchis à une revanche, tout de suite, là, maintenant.

 

 

L'entreprise où je travallais était experte en bionanotechnologie et prodiguait ses bons soins à tous les hopitaux ayant les moyens de renflouer de bons bénéfices. Une situation très concevable, à mon avis, car la technologie de pointe demandait d'importants capitaux. A l'opposé de ce gus qui me malmenait, une situation contraire était inimaginable. Féru de bons sentiments, il se considérait comme le bon samaritain : l'accès à la médecine se devait être réparti de façon égale pour les citoyens. C'était effectivement le cas ; pour la médecine traditionnelle uniquement ; elle sauvait encore beaucoup de vie et elle avait déjà éradiqué des maladies infectieuses, telle la tuberculose pulmonaire, qui causaient de la résistance médicamenteuse. Il n'y avait plus ces cinq millions de nouveaux cas malades ni de multi-résistance aux antibiotiques ! (1) Que voulait-il de plus ? Quel idiot... C'était bien un médecin ! Croyez-vous que l'on peut encore être idéaliste dans notre mode de vie - en dehors des biomilitants idéologiques, je veux dire ? Pourtant, je me rendis compte que j'appréciais sa considération d'un monde plus juste à l'égard de tous. C'était insensé mais c'était un défi extraordinaire. Car, moi et l'idéalisme faisaient plusieurs et qui ne s'entendaient de surcroît ! Je détenais assez de rage pour découper en confetti toutes ces réactions niaises ! Non, aujourd'hui, c'était la gloire dans le travail qui primait d'abord, et l'argent ensuite. Et la nanotechnologie, médicale ou militaire, était un défi à mon ambition ! Mes compétences allaient me conduire à la meilleure firme de la planète, en lutte à la plus insensée des idées : construire le plus petit appareil qui amènerait en quelques secondes d'un lieu A à un lieu B. Alors, comment me suis-je retrouvé dans le service de recherches biotechniques d'un hopital, moi ? Et ce gus, ne sachant rien des sciences électroniques, avait convaincu la direction de m'admettre dans son équipe de médecins-chercheurs ! Quel est donc le lien entre ces deux choses ? Et ce gus voulait, en plus, se mettre à la présidence de la plus haute instance médicale mondiale pour mener à bien son idée de médecine plus juste ! En utilisant les études aérospatiales ? Cela faisait plusieurs mois que mon transfert avait eu lieu mais je ne m'y plaisais guère dans ce cercle-là ! Il me fallait un moyen de sortir de ce piège ! Et un verre... Sinon ce sera  une étiquette à porter toute sa vie...

 

La lueur d'une enseigne clignota, attirant mon regard. Un pub. Enfin une bonne chose dans cette journée de malchance. Un remontant ne me serait pas superflu. Et de quoi grignoter un bout.

 

 

Je poussai la porte vitrée que le néon clignotant rendait sale. Je ne prêtais pas d'attention au reste. Je débouchai dans une salle de taille humaine, quoique plutôt vide à cette heure tôt de la soirée : quelques clients se restauraient avant l'assaut des hères fanas de foot. Malgré les fanions et drapeaux qui, envahissant le plafond, étouffaient l'air, les boiseries du comptoir, de la chaude couleur de son carmin, les tables aux lignes incurvées sagement ordonnées, les tabourets de bar bien rangés et les menus en papier vert disposés debout m'apportaient enfin la paix. Sans jeter un œil aux clients déjà sur place, je m'installai au fond du pub d'où j'embrassais l'ensemble de la pièce.

 

Un whiskey et du jambon de poulet aux olives dans l'estomac, je me permis enfin de dévisager les gens présents. Ces derniers ne semblaient pas être très bruyants bien qu'un pub était une place conviviale où les chants à tue-tête avaient encore leurs quartiers, chose qui ne changera guère... Un timbre de voix, que j'avais remarqué à mon entrée, me parut familière à l'oreille bien que je ne voulais pas l'admettre. Je ne l'écoutais qu'à peine pendant les réunions, et pourtant j'en aimais le son. Je fixai mon regard sur l'homme en question. Assis au comptoir, il riait d'un grand sourire que je n'avais jamais vu...

 

No-on, ne me dites pas que c'est Monsieur Le-grand-médecin ? Dans un pub ? Lui qui est reconnu comme un gentilhomme aux bonnes mœurs ? Et je fis ce que je ne faisais jamais : j'écoutai clandestinement la conversation avec le tenancier.

 

Ce dernier lui donnait du "monsieur" assez souvent. Quel est donc son statut social, au gentilhomme ? Il me sembla que la discussion tournait autour d'opérations cliniques que Monsieur avait effectué le semestre dernier. Une double greffe de bras et de jambes. Une greffe de visage. Un cœur artificiel autonome pour dix ans. (2) Des succès en son nom. Sa gloire. Parlait-il vraiment de ses réussites ? Se vantait-il donc ? Lui qui se laissait considérer quelque peu modeste... Je pouffai dans les mains. Mon tortionnaire se faisait mousser auprès d'un débiteur d'alcool comme un ivrogne qui blablaterait sur ses problèmes sans fin. L'image de gentilhomme en prit pour son grade ! Et les clichés continuèrent à déferler sur cet idiot de médecin. Au moment où il se saisit de la serviette de table et qu'il se mit à dessiner des cercles, me semblaient-il, et en parlant avec frénésie expliquant un je-ne-sais-quoi que seul le barman paraissait en comprendre le contenu. Quel était donc le QI de celui-là ? Des bribes de la conversation parvenaient jusqu'à moi. Le péricarde à la face intérieure d'une valvule évitait les rejets de greffe et trop de médicaments anticoagulants... le microprocesseur analysait le rythme cardiaque et s'y adaptait...  des choses extraordinaires... oui... c'était le cas...

 

*

 

Le gentilhomme devint ma ligne de mire. Je l'avais déjà vu être passionné, depuis près d'un an que l'on bossait dans le même service de chirurgie orthopédique. Il se faisait transférer dans d'autres services de la clinique, telle la cardiologie, pour un laps de temps. Mais il revenait toujours. Pourquoi ? Et ce soir, cette passion qui le dévorait était couplée à un bonheur sans fin, semblait-il. Le sourire  dessinait un homme heureux.

 

*

 

J'eus l'envie de sourire comme lui. Irrépressivement.

 

*

 

Et puis il me vit. Son grand sourire s'effaça alors comme un nuage de lait dans un café corsé. Ses yeux couleur d'azur translucide se pincèrent et son regard se fit très froid.

 

*

 

Mon cœur se serra tout autant...

 

*

 

Il se retourna vers le barman et, se penchant vers lui, lui souffla quelques mots à l'oreille. Il se leva et vint vers moi.

 

*

 

Mon cœur bondit...

 

 

*

 

Il déposa un ramequin sur ma table. Il assena d'une voix calme un "Goûtez de ce chutney avec votre sandwich, monsieur Lightmann, et vous aurez une idée des bonnes choses que vous laissez passer !" et s'assit en face de moi. Il continua son speech, tout en piochant dans le ramequin avec une cuillère d'argent, sans se soucier de ma face ahurie : "Divers fruits sucrés sont associés à un légume, du poivron Charleston, je crois bien, rehaussé de gingembre vous font visiter un autre univers. Que vous ne connaissez surement pas, monsieur Lightmann, n'est-ce pas ? What a poor boy..." 

 

Je me permis d'aller jusqu'à un ricanement. "Que cherchez-vous, Monsieur ?" sifflai-je excédé. Ironique. Je cherchai à le blesser comme je l'étais à l'instant. Sans comprendre ce qui m'arrivait. "Que ne trouvez-vous pas, Valence ?" Compatissant. Il trouva que j'étais un être blessé qu'il devait soigner. Sans savoir comment. Il se laissa retomber contre le dossier de sa chaise.

 

- Cet endroit appartenait au père d'un ami proche. Nous y avons grandi. Et appris à parler. Vous savez, ce mélange linguistique. Je ne me reconnais jamais si je n'en use que d'une seule. Un peu comme vous, my friend. Vous jouez de vos grands airs snobs mais vous ne savez pas comment vous comporter au contact de choses que vous ne voulez pas rencontrer...

 

Je n'avais rien compris. Il n'en avait cure. Il se leva. Se penchant vers moi, il souleva ma tête par le menton. Puis les yeux rivés dans les miens, ses doigts fins sur ma peau, il me fit un si extraordinaire sourire que je fixai d'un œil totalement conquis. Il exhiba toutes ses dents, ses lèvres d'un rose poudré et des petites rides autour des yeux et un regard franc. Uppercut.

 

*

 

De quel stratagème fallait-il convenir pour l'empêcher de partir ?

 

*

 

Mais il s'éloigna. Comme la fumée au vent.

 

*

 

Mon cœur cognait. Ma raison cherchait un moyen de l'immobiliser dans son élan.  Confuse.

 

*

 

''Que voulez que je fasse de votre amphigouri, Monsieur ?'' lançai-je au hasard, d'une voix bourrue. Je ne souhaitais pas ressentir tous ces sentiments contradictoires qui m'emplissaient.

 

- Amphi-quoi ?

- Charabia. Vous êtes trop condescendant, Monsieur, sous vos airs de gentilhomme !

- Gentilhomme ?

- Vous êtes porté par votre idéalisme qui vous incite à considérer les gens comme des êtres auxquels il manquerait quelque chose...

 

Que tentai-je donc ? Cependant cela eut le succès escompté : Monsieur s'arrêta net, près du comptoir. Il s'y appuya en baissant la tête. Il commença d'abord à murmurer puis articula distinctement.

 

- Je... C'est bien vrai... Humanisez-moi, Valence, et j'arrêterai de vous dragoniser... A vrai dire, mon idéal se corrompt peu à peu... et je ne cherche pas à le garder en devant écraser...

 

Brusquement, il fit une pirouette, se tournant vers moi.

 

- Nous avons besoin de nous ressourcer quelque part ; moi, c'est ici... Et vous, Valence, est-ce là ? fit-il en s'effleurant la tempe. Mais en avez-vous un ? ... Et il nous manque toujours quelques éléments... pour être parfait ! souffla-t-il avant de s'éloigner pour de bon.

 

Je ne savais pas comment réagir. Je n'étais pas sûr d'avoir capté tout ce qu'il avait dit. Un mix de sentiments étranger à mon style de vie. Tout était tranché avec moi. Je n'avais besoin de personne pour me situer quelque part.

 

- Oh, et puis, zut !!

 

Je me levai à mon tour. En trois pas, je fus au côté de Monsieur puis, sans lui donner la chance de se rendre compte, j'agrippai le visage et l'embrassai. Plus fougueusement que je n'aurais voulu.

 

*

 

I get you !

 

*

 

Néanmoins je me sentis satisfait. Je possèdais encore ce désir de le provoquer, de le mener dans des retranchements contraires à sa façon de penser qu'il n'aurait soupçonné aller un jour.

 

*

 

Un an que je te poursuivais...

 

*

 

Pourtant, la réponse de Monsieur me surprit. Il m'attira à lui puis m'entraina dehors. Je n'eus pas le temps de prendre mon manteau. Il jeta un dernier regard au barman ; un clin d'œil ? Une connivence ?

 

Il me traina dans la rue ; j'avais l'impression qu'il ne savait pas de quel côté se diriger. Ni ne voyait la façade à colombages de l'immeuble ni n'entendait le son des pas dans la cage d'escalier. Il bouscula les maquettes d'avions décorant l'entrée et n'alluma pas le plafonnier.  Il m'emmena dans le noir dans une pièce baignée d'une lumière fantômatique. S'y dardaient ses rayons. Les murs brillaient sourdement. Des ombres immobiles couraient sur chaque surface. Cette chambre était habitée...

 

*

 

I'm here.

 

*

 

Il déboutonna le col de ma chemise d'une main fébrile. Il se lova dans mon cou et mordilla la peau. Et, je n'avais d'autres maux qu'une chaleur confuse dans la tête. Quel brouillamini. Il me semblait d'entendre son nom. En cadence.

 

Et, tandis que ses lèvres couraient sur la gorge, je levai la tête et nous vis tous deux, debout, débraillés, devant la psychée, dans un doux rayon que renvoyait le miroir jusqu'à ce que nous bascullions en arrière, au creux d'un large lit à vaste ciel vespéral. 

Et malmenée dans la bousculade, la psychée, sur son axe, s'en retourna vivement. 

 

 

Notes:

  

1 Ce n'est pas encore le cas en 2012.

2 Evènements médicaux réels en 2012.


01/04/2012
0 Poster un commentaire

Projet #5 : les regles de L'abri

Mon texte

Ceux des autres participants

 

 

"Lancement du projet n°5 d’Enquête de mots. Jusqu'au 15 mars.

 

Pour ce projet, les contraintes sont les suivantes :

 

Titre : L’abri

Contraintes :
- une scène de sexe, détaillée ou suggérée, le but étant principalement d’esquiver la contrainte de façon originale,
- l’histoire doit se passer (au moins en partie) dans un bar, une taverne ou un débit de boisson quelconque,
- il faut intégrer la phrase « En même temps, c’est pas facile avec un doigt dans le nez »
- un personnage doit manger quelque chose d’inhabituel,
- utiliser les mots : pirouette, confetti, jambon, translucide et amphigouri."

 

Bon, bah, au travail...

 

Edit du 15 mars : le grand jour est la ; je devrais être fin prêt... Mais je le suiiiis paaaas ! Comme d'hab', dirait-on...

 

Edit du 30 mars : Bon, c'est décidé ce sera le 31 mars le dernier délai ! Du moins pour ma pomme ! Bah oui, sinon je risque fort bien d'être toujours a la bourre !! A demain !

 

Edit du 1er avril : J'ai perdu mon teeexteee... (snif..) Il faut le réécrire... jusqu'au 15 avril. P.S. : Et non, c'est pas un poisson d'avril (c'est pas drôle, c'est a mes dépends...)

 

 

Edit : Les coulisses :

 

Si je devais expliquer mes choix ? Ce que je fais toujours puisque j'aime bien m'entendre lire et parler...

 

  • Le bar : Je n'ai (presque)  jamais mis les pieds dans ce genre d'endroit si ce n'est qu'en coup de vent, a peine le temps de siffler un café. Et moins j'en consomme, moins je m'y rends. Je m'installe toujours en cafétéria/fast-food, ou en terrasse de café. Toujours en cours de voyage : soit a l'arrivée soit au départ soit en attente. C'est ma salle d'attente, de transfert. Maintenant que j'y pense, ça fait tout drôle. Je perçois donc le bar/café comme une gare même si j'y ai mes attaches. C'est un lieu ou je me pose avant de me lancer vers le lointain ou avant de reprendre la routine. Un lieu de pause donc, également pendant des recherches sur le terrain, par exemple quand je devais faire le tour des agences immobilieres pour un logement. Un lieu pour reprendre des forces et se (re)mettre a l'applomb dans le travail, par exemple rédiger la liste des choses faites pendant la matinée et celles qui restent a faire dans l'apres-midi. Et si, par chance, je passe une soirée dans un pub, c'est a la terrasse que tout se passe : hiver comme été, emmitouflé ou léger, seul ou entouré, sous la pluie ou le soleil. J'avais un copain dont le pere tenait un pub justement ; son pere nous interdissait d'y séjourner, même pendant les heures creuses. Gamins, nous zyeutons de derriere l'escalier qui menait a l'étage privé, ou depuis la porte vitrée qui nous barrait le chemin vers la fraicheur toute irlandaise. Voila pour le bar/café/pub en France. Dans un autre pays, tres a l'est, le café, plus que le bar, est vu comme un lieu ou on s'informe : des nouvelles journalistiques, des évenements locaux sociaux ou politiques ; et ou on reçoit les directives administratives : le courrier, les aides sociales, les intentions de ventes ou d'emploi. La également, on m'interdissait l'acces, pretextant que j'étais trop jeune ; de ce fait, il existe un café pour les vieux ou le ton est sérieux et le thé est la boisson phare, et un café pour les jeunes ou la musique baigne et l'alcool flotte. Je pouvais accompagner mon pere qui me chassait a la porte, parfois rudement "Allez, dégage de la !", souvent subtilement "Va dire a ta mere que je resterai plus longtemps, qu'elle ne s'inquiete pas." Mais je le voyais venir. Et finallement, quand je mets les pieds dans un tel lieu, j'ai toujours en tête que je vais partir sans attendre mais apres avoir fait le tri dans les idées, quelquefois fier d'y être entré, comme si c'était un exploit.

 

  • Le vocabulaire et le plat a manger : ces deux-la sont dans la continuité avec le débit de boisson. Ils emmenent aussi vers un ton de récit a la "Chester Himes", de polar noir avec un parler tres imagé.

 

  • J'ai repris les personnages de l'exercice #2 au titre "L'instant d'apres" car je voulais étoffer l'histoire. Au début, cela me semblait être une bonne idée mais, apres les déboires de mon écriture, c'est peut-etre juste le contexte qui n'y est pas adapté. Qui voudrait donc lire des textes sur la même intrigue avec des contraintes différentes ? Je décide donc de ne travailler encore une unique fois pour faire un lien avec les deux premiers récits, un triptique pour se lancer dans un autre futur.

 

  • La scene osée : un peu de lecture dans le théme donne des techniques insoupçonnées ; moi-même, je ne m'y serai jamais aventuré de ce côté-ci...

 

...uniquement en rédaction...


13/01/2012
0 Poster un commentaire

Zone de Confort

  • l'avertissement //!\ :

D'après mon entourage, il y aurait des éléments assez choquants donc attention aux plus jeunes/sensibles !!!

Le making-off est fait.

 

 

              *Prologue*

 

 

                Dans la caverne résonnait le ruissellement d'une rivière souterraine. L'obscurité du fond était semée de la lueur des lucioles grosses comme une main d'homme. Si l'entrée laissait apparaître le rugueux des parois et l'inégalité du sol pierreux, la suite du chemin ne laissait rien deviner. Dans ce pays, où l'on pouvait dormir sous une lune mauve et nager dans des torrents saturés de sel terrestre, une caverne abrupte dès l'entrée pouvait très bien être aménagée agréablement quelques mètres plus loin.

 

                Depuis mon promontoire, cette caverne-ci ne me semblait pourtant pas si avenante : en frissonnant de crainte qu'une bête sauvage n'en surgisse, j'en dessinais les contours avec tout l'art qu'un scribe adroit mettrait, j'en coloriais avec les pigments naturels, dénichés ça et là, depuis les sommets des montagnes pour les plus rares passant par les organismes zoologiques pour les plus fréquents, sur une épaisse toison au cuir tanné et apprêté soigneusement à la face interne et au pelage teinté et peigné à la face externe. J'y mettais moi-même tout le soin nécessaire car mon travail était facturable selon le degré de qualité apportée, uniquement appréciable par le commanditaire.

 

                D'ailleurs, que voudrait faire ce dernier dans une grotte ? Chasser le Snark ? Trouver la Pythie ? J'avais entendu dire qu'il était un armateur ayant un faible pour les légendes. Et qu'il mettait cœur à l'ouvrage dès qu'il dégotait un indice. Voudrait-il insinuer que cette grotte contiendrait quelque chose ? Non... Des légendes urbaines sont plus faciles à dénicher avec l'avantage d'être à portée de la civilisation. Peu importe, il fallait seulement que je terminasse ma géographie correctement - et au plus vite - et que je prisse mon argent au comptant : l'aventure serait pour lui !

 

              Un éclat violet m'indiqua que la lune s'était levée : la nuit allait tomber d'un instant à l'autre. (NDLR : la lune se levait toujours avant le crépuscule et possédait une si vive lumière qu'en journée il lui arrivait de surpasser le soleil et à briller derrière des nuages d'orages.) Bien, je ramassai tous mes scalpels en corne de bec d'Aigle à Tête Blanche (un oiseau mythique : ne me demandez donc pas comment ces ustensiles acérés d'une extrême précision sont en ma possession...) et les rangeais avec précaution dans leurs housses personnelles en évitant de me couper. C'était devenu un rituel, ce déballage et emballage, comme si le dessin technique en lui-même n'en était qu'un prétexte.

 

              Finalement la sacoche attachée au dos, je me levai avec prudence : dépliant la jambe gauche à la main et posant le pied sur le sol dur du promontoire où je m'étais assise, puis prenant appui sur ce pied et le poing droit, je me soulevai avec lenteur. Les chevilles de fer maintenant mes genoux n'étaient pas des appareils très pratiques en randonnée. Passant la journée de travail dans de chars sur coussins d'air, la mobilité des jambes n'était pas à discuter : on ne se fatiguait pas tant. Pourtant je n'avais pas pris le temps de les changer. Je devrais pouvoir faire quelques réglages plus tard. M'emparant de béquilles de fortune fabriquées à partir de tubes en fibres de titane, je m'apprêtais à descendre le promontoire.

 

              J'y jetai un dernier coup d’œil, à cette caverne. Mais où l'armateur tirait ses renseignements ? Quoiqu'en on dît, les gens de ce pays sont des aventuriers dans l'âme. Ou des fous. Qui donc irait s'intéresser à un trou dans la roche ? La bouche béante de la caverne exhala un souffle putride, comme si elle avait déjeuné il y a fort longtemps et les miettes d'aliments s'étaient décomposées entre les dents...

 

 

             *Chapitre Suivant*

 

              Dans tout l'Empire des Trois Cartes, il n'y avait que trois cités où la vie était facile : la magnifique cité-capitale de Midgard, la commerciale cité de Confort et la guerrière cité du Wutai. Le reste des territoires n'était que sauvagerie et paysannerie depuis les hautes montagnes aux cimes déchiquetées jusqu'aux plaines si spongieuses que le soleil ne parvenait pas à sécher la terre. Chaque lieu portait la marque de sa vie et personne n'interférait dans les affaires des autres villes, si bien que la population devait s'éduquer totalement quand elle déménageait à un autre lieu d'habitation. Ainsi était mon cas... Je me déplaçais de place en place pour les besoins de ma condition de vie et changeais de comportement comme de chemise. Il n'y avait qu'une seule chose que j’étais sûre de garder au fond du thorax : ma personnalité, mon caractère, cette entité qui vous disait ce que vous étiez même si vous ne faisiez rien dans la vie !

 

                Eh bien, dans l'Empire des Trois Cartes,  il existait quelque chose de semblable... Le nom différait selon l'endroit, l'enjeu et l'envie. Voyant tout par des yeux de spectateurs, je m'en vins pour ma part l'appeler le Sport des Rois-Artes. Les Rois-Artes étaient les dirigeants de l'Empire, qui appliquaient cette rigueur radicale de vie, et avaient décidé donc un jour d'unir, ne serait-ce d'un iota, leurs démences et décrété l'ouverture d'un type d'exercices physiques au but glorieux et fatal. Au commencement, le Sport était d'une violence inouïe parce que l'encadrement faisait défaut ; maintenant cet encadrement était si puissant que le Sport en était devenu vicieux... Oh, je pourrais conter ses heures de gloire comme ses heurts de glas, mon cours de vie me l'autorisant.

 

                Malheur à moi ! Cette présence dans les murs des cités et au-delà m'avait si mal desservie ! J'avais fui la caverne, m'étais réfugiée à Confort afin de livrer ma géographie et me laissais m’en retourner vers un repos douillet. Malheur à moi, le Vieil NostraDamus m'infligea sa règle universelle. Il apparut devant mes yeux, dans la rue noire, encapuchonné comme un Epouvanteur dans un manteau miteux. Il énonça distinctement sa prophétie : ni une ni deux, ma raison de vivre s'était déjà détournée de son objectif initial !

               Désormais, je me retrouvais à devenir un recruteur puis un Joueur... du Sport ! Finirais-je morte ?

 

               Allons défier ce que les Rois-Artes nous avaient concoctés... Vous me suivez ? Je suis votre recruteur, [nommée Renzokou (NDLR.)] Nous formerons une bonne équipe attachée à la cité de Confort. Nous nous entraînerons Au Pied Du Mur pour devenir fort. Et nous le gagnerons, le Sport !

 

 

            - Vaste programme puisqu'il n'y a jamais eu de vainqueur du Sport ! Que du Spectacle ! L'immense foule voit l'énorme gloire pour des morts ! brailla un grand gars de 2m20 à la peau basanée tel le fond d'un chaudron millénaire.

             - Et pourquoi nous ? répliqua mécontent un autre gaillard, blond de cheveux et de fols épis.

             - Vous êtes venus pour gagner les millions de drachmes ? Avez-vous lu la fiche qui établit le fichu travail à abattre ? Aboya Renzokou.

             - Bien sûr ! firent-ils d'une voix.

             - Alors questions idiotes au placard, OK ? C'est de la baston, course poursuite et bases de réflexion ! Pas de quoi fouetter un Chien...

             - Ah, il faut réfléchir aussi ? s'exclama un troisième homme en écarquillant des yeux engoncés dans la chair blême et squameuse du visage.

             - C'est pas ton fort, on dirait, desperados ! marmonna un quatrième membre dans un souffle froid.

 

             - Vous avez tous passé les examens médicaux - je sais que c'est idiot pour des morts en sursis mais les règles n'acceptent que ceux qui sauront être de grandioses gladiateurs : validation de la taille d'au moins 1m80 et du poids d'au moins 70kg ; de la structure corporelle tout en muscles et peu de graisse ; de la non-déficience des sens normaux et des sens de surplus ; de la connaissance des règles de survie dans un environnement hostile...

            - Ça fait partie du médical, les règles de survie ? jeta le blondard.

            -... Et c'est tout. Les règles du Sport s'apprennent pendant l’Entraînement - dans quelques instants. Je précise que nous sommes dans une structure architecturale virtuelle représentant la forme du Terrain avec ses atouts et ses pièges. Donc si vous ne réussissez pas à battre Le Pied Du Mur - le nom du Terrain - vous mourrez ici... Et je devrais chercher un remplaçant !

              - On dirait que ça te fait ch... remarqua le géant noir.

               - Bien sûr... Le Pied Du Mur est une place forte que le Roi-Arte de Confort a spécialement aménagée. Il regorge des traîtrises et attaque les Joueurs qui y entrent jusqu'à la fin de partie. Si le match n'est pas achevé, les Joueurs ne sortent pas, vivant ou mort. Cela peut prendre des jours ou des mois. Le match finit avec la saisie du Calicot, symbole du Sport ! Allons, présentez-vous, termina Renzokou.

 

 

           Le géant : 2m20, 130kg, peau noire, cheveux ras, œil de verre, multiples tatouages, armure de piques et diverses armes blanches de soldat de front. Le géant se nommait Inhdra Waarmen et participait pour tuer le temps de sa permission entre deux guerres. Il ne savait plus pour qui il se battait pendant ces guerres rangées, il se défiait maintenant de la cause elle-même : était-elle juste ? "Saurais-je faire cette différence entre la baston pure et la baston juste ? Saurais-je protéger mes valeurs ? Voyons avec cette équipe !" pensait-il pendant qu'on l'observait.

 

          Le blondard : 1m87, 85kg, peau bronzée de surfeur, cheveux blonds et abondant en épis, l’œil bleu, corps fin d'un coureur de fond, combinaison high-tech. Le blondard se prénommait MarKaren et cherchait le frisson des événements spectaculaires. "Je serai le nouveau héros du Sport ! Gloire à moi ! Je jetterai les autres dans mon ombre !" se louait-il en lui-même alors qu'on le soupesait du regard.

 

          Le cadavre : 1m95, 70kg, peau cadavérique, crâne dégarni sauf de quelques brins, l’œil noir, corps squelettique, mante élimée à capuche noire. Le zombie dénommait Carbuncle et ricanait en son for intérieur de la future déchéance de ses presque ex-équipiers grâce à son talent surnaturel tandis qu'on le dévisageait.

 

          L'âme du froid : 1m80, 72kg, peau hydratée, cheveux en courtes tresses, lunettes teintées, corps en belles courbes, robe équestre en cuir brillant. L'amie du froid s'appelait Ixia et se demandait pourquoi elle devait subir tout ceci pour payer son crime qui n'était pas si atroce bien qu'on la déshabillait des yeux.

 

         Moi-même : 2m01, 105kg, peau luisante, cheveux en boucles blanches, l’œil gris, grasse et empotée, uniforme d'officier dépareillé. Je me faisais appeler Renzokou et souhaitais en avoir fini avec le branle-bas du Sport tant qu'on ne m'adressait pas un seul coup d’œil.

 

 

       - Chacun se devrait impérativement d'user leurs noms, pas de sobriquets, sinon la communication ne fonctionnerait pas et le danger de mort sans pitié sera...

 

         - Personne ne connaît la forme du Terrain où aura lieu le Sport ; juste le lieu : c'est Confort, cette année. Il est sûr qu'il y a des traquenards, renouvelés chaque an, mais sont généralement les mêmes par manque d'idées d'avant-garde. Bref, l’Entraînement vous les fera connaître. Méfiez-vous quand même ! Rien n'est anodin quand il s'agit du Sport !

 

          - Les règles sont simples : on ne tue pas et on n'est pas tué. Les blessés sont évacués et donc éliminés - mais vivant au-dehors. On utilise ses propres armes ou n'importe quoi qui y fasse office. On s'allie avec qui ou quoi on veut. On se bat comme on veut. Le but est de choper la balle et de l'emmener du poste Alpha au poste Oméga via les postes Delta, Lambda, Omicron et Khi. On obtient des points en fonction de notre attitude. On récolte des objets en cours route, qui donneront des points à ceux qui les possèdent et à ceux qui les on récoltés. On reçoit des instructions du Maître Des Jeux, qu'on a à respecter ou pas, dans le trajet, les méthodes de combat, l'envie ou la démence qui le saisit. Aucun match ne se ressemble : jamais ! Alors, comptez sur vos compétences et peut-être vos alliés : on ne peut survivre là-dedans sans protéger soi-même et les autres ! Enfin si l'on ne meurt pas...

 

 

            *Chapitre de l’Entraînement*

 

 

           Ils rentrèrent dans un stade qui semblait être ovale à l'ancienne et d'une taille gigantesque ni n'avoir de fin, impression renforcée par tout un chacun qui se tenait loin, très loin des uns des autres. La confiance n'était pas encore de mise dans le groupe. Renzokou montra les commandes qui design-eront le style de terrain que prendrait Le Pied Du Mur et sur laquelle une bille brillait que Renzokou effleura. Or ; MarKaren n'écoutait qu'à peine tant cette salle était immense et qu'il avait hâte de la tester. Que serait un rouleau ici ? Il la chevaucherait en vainqueur ; son nom serait de tous les temps le meilleur des surfeurs que ce monde et au-delà n'aurait porté ! Or ; Carbuncle pronostiquait les pièges qu'il allait tendre à ses ex-coéquipiers tandis qu'Inhdra établissait ses stratégies guerrières, tous deux en fonction de l'hypothétique relief du Pied Du Mur. Seules Ixia et Renzokou attendaient les instructions - qui ne tarderaient plus maintenant. Attentives. On disait que c’était les femmes qui gardaient la tête sur les épaules : elles se jetèrent au sol tout en souplesse.

 

         Quelques secondes plus tard, abruptement, au son d'un sifflement aigu, les trois autres s'étalèrent comme un Moustique-Tigre sous la claque fatale. En effet, un arc de lumière bleue s'étendait depuis les commandes montrées plus tôt ; le déplacement dans l'air du faisceau provoquait ce sifflement perçu in extremis.

         - Vous auriez nous...

         - ... prévenir ? Pour quoi faire, MarKaren ? ricana Renzokou.

        Le décor changeait depuis les hauteurs à la mesure du faisceau et les futurs champions se retrouvèrent dans un paysage atroce à décrire.

        - Vous le saurez pendant l’entraînement, répliqua Renzokou. Je ne me vois pas du tout vous décrire des lieux tout de suite pour les décrire plus tard encore. De plus, il change bien trop souvent, ce décor... qu'est-ce que c'est laid !

         - VOILA LA BALLE... A JOUER !!!

 

         Renzokou jeta en chandelle une boule ovale comme un œuf d'émeu géant, qui fait bien la taille d'un ballon de ce jeu sportif étranger dit de basket-ball. Elle était aussi bleue et velue qu'un animal et ornée de anses de cuir brun, qui ne se voyaient pas tant. Avant même que le lancer ne finisse sa course descendante, Renzokou s'en empara, accrochant d'un geste souple une des anses au crochet d'alliage de naquadrilla de la canne de jeu. Puis, à la volée, y mettant toute la force qu'elle pouvait tirer de cette position verticale, elle relança la boule de jeu... vers Ixia qui s'en saisit pareillement.

         - Quel œil vif, commenta Renzokou qui se mit à marcher.

 

         Ixia resta immobile un instant, indécise. Évidement, personne ne savait quoi faire de la suite. La balle bleue velue sembla commencer à enfler, ce qui incita Ixia à réagir. Une balle avec une telle réaction n'était pas de bonne augure. Ixia la lança donc au petit bonheur, droit devant elle, ne visant personne en particulier et se plaçant elle-même derrière un écran protecteur, un imposant rocher de granite incrusté de cristaux bleutés et plat comme un paravent de pierre. Renzokou suivit des yeux la balle qui vint s'écraser contre l'épaule de Carbuncle et l'arracha. Le bleu de la balle se souilla du vert sanglant alors que Carbuncle hurlait de douleur, retenant le bras qui pendait au bout de ce qui semblaient être des os métalliques couplés à des câbles. Carbuncle s'effondra sur le sol moelleux fait de mousse bleutée qui épanchait le sang puis... il disparut en s'effaçant comme une gomme bleue aurait effacé une malencontreuse tâche d'encre.

          - Ça commence bien, commenta Renzokou ironique, toujours avançant.

          - Où est-il ? s'exclama MarKaren. Il est mort ?

          - Non, parti pour être soigné, répondit Renzokou. Mais toi blondard, tu vas mourir si tu ne bouges pas de là !

 

          La balle, un peu plus grosse paraissait-elle, continuait sa trajectoire rectiligne quand brusquement elle vira droit vers MarKaren, le point le plus proche. Silencieuse, sournoise, elle voyait de ses yeux rouges MarKaren immobile tel un ahuri et riait déjà du mal qu'elle lui fera... ha ha ha...

           Quand soudain, une batte l'arracha de son trajet, le crochet se prenant à une anse et elle le vit, ce mastodonte qui la propulsa avec un cri d'effort droit devant, vers Renzokou.

          - Hé, on dirait qu'il a comprit quelque chose, celui-là ! commenta celle-ci.

 

          Pas sûr ! Juste une manœuvre, pensa la balle. Cette dernière traversa les deux cents mètres qui séparaient ces deux humains. Peu importe, elle détruisit tout sur son passage aérien telle une tornade - c'est le jeu. Elle s'affermit, redressant ses poils en des piques, cachant ainsi les anses à Renzokou. Ha ha ha. Renzokou ne leva sa canne qu'en dernier instant et, de l'extrémité métallique dépourvue de crochets, elle asséna un bon coup sur la coque dure de la balle sans que la canne ne se prenne dans les piques hérissées.

         - A toi de jouer, MarKaren, commenta-t-elle en simultanée, sinon on va manquer de joueur. Ah non, revoilà zombie-man...

 

         MarKaren avait les yeux exorbités, de peur sans nul doute, et ne bougeait guère devant la balle qui volait vers lui. Cela ne lui déplaisait guère, à elle : il était son objectif premier. Certes, elle était encore loin, "trouver quelque acte à faire" était la phrase qui tournait en rond dans la tête de MarKaren. Fébrile, les mains agitées, ce fut machinalement qu'il s'empara de la baguette accrochée à la ceinture. Son porte-bonheur allait l'aider... Toujours machinal, il appuya sur l’interrupteur et la planche de surf vint à s'ouvrir devant lui. Il y sauta dessus et, d'un coup de rein, il vira volant à son tour vers la balle velue, laissant derrière lui une fine poudreuse qui se répandait sur la végétation alentour. Qu'allait faire ce gringalet ? Imitant Renzokou, il la frappant du côté fin de la canne au moment propice où la balle allait la toucher à l'épaule... mais vers le sol.

         La balle toucha la mousse bleue et s'y enfonça lentement malgré la grande force qu'y avait mis son assaillant. Tous les regards étaient tournés vers elle, remplis d'une avide curiosité : MarKaren lévitait au-dessus avec une vue imprenable, Renzokou marchait toujours, Inhdra piétinait en semblant la suivre, Ixia était quelque part mais hors de vue, Carbuncle restait encore allongé sur le sol.

          Bougea-t-il un peu... ou pas ? Nul ne savait s'il était encore conscient. Seulement, le corps blême se soulevait par à-coup, comme par gestes involontaires, puis il s'enroula en boule, immense, courbant vers l'arrière la colonne vertébrale. L'homme hurlant prit alors la forme plus grande de la balle, bras et jambes ballants, piques dans la chair et points rouges luisant parmi elles...

 

          - MarKaren, appela d'une voix amplifiée Ixia, frappe de ta planche !

          - Ça va pas, elle va casser !

           - Gémis pas, trouillard, elle blessera moins que la batte !

            MarKaren refusa en secouant la tête.

           - Écoutes les craquements d'os, alors, ricana Renzokou.

           Horrifié, MarKaren se prépara à contre cœur : il exécuta un salto avant dans le vide au-dessus depuis sa planche de surf, l’agrippant des mains et la fracassant dans la foulée contre la balle carbunclée. Un énorme craquement envahit alors Le Pied Du Mur. La balle cogna à nouveau le sol de mousse bleue avec Carbuncle qui s'effaça une seconde fois tandis que la balle réapparut telle sa première forme. Quant à la planche, elle était tristement scindée en deux... jusqu'à ce que la matière qui la composait s'allonga des deux extrémités cassées et les fit se rejoindre : elle en devint comme neuve !

 

           - Quoi, quoi...

           - Je vois, l'Arme Indestructible, souffla Inhdra.

           - C'est ça ! Tous les objets qui nous serviront d'armes ici, lança Renzokou.

           - Comment sais-tu ?

           - Les règles sont toujours connues ! Au fait, Ixia, tu t'en sors ?

           - Oui-da !

           Ixia, qui avait pu suivre les événements sans trop changer de position, était en effet en plein effort. Elle s'était imbriquée à la pierre qui lui avait servie d'écran de protection, contre laquelle elle s'était adossée un instant et qui l'avait piégée. Elle était en train de marteler le roc avec soin, d'un son sourd, n'ayant pas de pitié pour la pierre et le brisait en de multiples éclats brillants, et ce jusqu'à se libérer. Un dernier coup le réduisit en un éboulement remarquable, toute la rage contenue explosant sous le Marteau de Thor qu'elle tenait fermement dans les poings.

 

             - Il ne faut pas rester immobile dans ce monde-là ! conclut Inhdra. Bougez tous ! Toi-aussi, Carbuncle...

             - Enfin...

             - Comment fais-tu pour ne pas mourir ? demanda MarKaren.

             - Je le suis déjà...

             - La balle arrive, signala une Ixia haletante.

             - Dégustation alors, commanda Renzokou, debout sur un piquet de bambou qui se balançait doucement sous le poids.

 

 

              Ils avançaient inexorablement, en ligne droite à travers le décor sans pour autant s'immobiliser ou dans des directions incongrues dans les trois dimensions du moment qu'une partie de leurs corps avait un contact physique avec la surface du Pied Du Mur. Bref, une boussole aurait déjà perdu le nord conventionnel : ici, tous les points cardinaux se plaçaient selon les joueurs, les murs devenant sol, la pierre alors se drapant de mousse bleue. Les joueurs sautaient pour éviter d'être pris dans l'engrenage du paysage. Les battes, chacune leur tour, lançaient, frappaient, attrapaient, assénaient, la balle tour à tour velue, pleine de piques, suintante de poison, tentaculaire jusqu'à la mener là où bon il leur semblait, sans but véritable, sans voir la fin.

              Ils la maîtrisaient de mieux en mieux, et avec cette maîtrise, une certaine cohésion se tissait dans le groupe.

              Elle allait décider de la place de chacun.

              Mais, dans l'esprit, chacun restait de francs-tireurs, observant les techniques de combat et les sens hors du commun employés, chacun mijotant de pièges à tendre ou gloire à s'emparer, uniquement pour leur propre personne. D'affreux plans de duels pour les plus honorables d’entre eux et de tueries pour les plus vils se fomentaient dans les limbes de ces esprits tortueux. Seul importait le Calicot et le héros de tous les temps !

 

              - La balle apparaît n'importe où sur le Terrain, et charge les joueurs ; parfois elle se perd, il faut alors la trouver. Sans elle, pas de Sport, pas de Calicot. C'est donc l'exercice suivant, renseigna Renzokou. La Minuterie s'enclenche jusqu'à la trouver, sinon c'est la fin. Parfois la Minuterie s'adapte aux joueurs, c'est selon son envie.

              - Comment fait-on ? C'est vaste ici ! s'indigna MarKaren.

              - A force de la manier, tu sais à quoi elle ressemble, grogna Renzokou.

              - Est-ce que tout a de la vie ici ? siffla Carbuncle.

              - Et ce n'est pas toi qui décide de la suite, grogna encore Renzokou.

 

             Au même moment, un éclair zébra le ciel artificiel qui couvrait Le Pied Du Mur. Tous convergèrent vers ce que les yeux perçants d'Ixia identifia comme la balle velue du Sport. Elle tombait du ciel telle une comète avec un long panache de feu bleu dans son sillage...

              Le Terrain changeait à chaque groupe de mètres avancé. Le sol inégal devenait spongieux puis rugueux jusqu'à commencer à aspirer tout ce qui y posait un certain poids. MarKaren y plaça sa planche de surf, prenant soin de ne pas toucher le sol, puis se propulsa dans les airs, à hauteur d'homme. Ixia se chaussa de larges raquettes de marche qu'elle déplia d'une partie de ses jambières, faites de peaux métallico-organiques issues de la Baleine du Froid, oblongues et dorées qui contrastaient fortement avec sa robe argent fluide. Carbuncle sautait d'un arbre à un rocher, ou à une tour de guet ou n’importe quoi qui lui permettait de rester sans danger, avec autant de mouvement qu'un singe-araignée équipé de ventouses aux poignets et autres points clés voire improbable du corps. Inhdra marchait droit devant, muscles en avant, forçant le passage, fendant les obstacles qui fondaient littéralement devant lui, sans se soucier de leurs tracasseries. Renzokou avançait elle-aussi sur une trajectoire rectiligne au rythme du cliquetis des chevilles de fer.

 

            A force d'avancer dans on ne savait quelle direction, la balle velue, qui disparaissait hors de vue pour revenir les attaquer à son gré, s'était actuellement installée sur un piédestal de cristal qui reflétait toute sa rondeur, la rendant belle. Une liane rouge et verte pendait non loin de la main gantelée d'or d'Inhdra qui l'attrapa promptement afin de s'en faire un lasso de bonne longueur.  Or, avant même qu'il ne tire dessus pour l'amener à lui, la liane s’assouplit tant et tant qu'elle s'écoula tel un liquide d'un silo, tout juste sur le gantelet et la manchette d'or d'Inhdra. Une fumée âcre se dégagea aussitôt dès le contact entre la liane et l'armure. L'homme détourna le nez pour éviter d'inhaler malgré qu'il restât à observer la chimie puis continua d'enrouler la liane. L'armure se creusait sous le fluide abrasif puis se reformait immédiatement, dans un seul temps, jusqu'à l'épuisement de l'acide végétal sur le gantelet. Quant à la partie de la liane qu'Inhdra tenait dans son poing, elle réagissait de la même manière : elle fondait et se reformait tout à la fois. Inhdra avait la ferme intention de s'en servir comme d'une arme offensive...

 

            MarKaren voleta ensuite vers la balle patiente ; or, voyant qu'elle vibrait, il crut à un envol surprise ; il accéléra sa course brusquement, la canne côté crochet tenue fermement hors de vue de la balle. Au moment même il atteignit le piédestal, il cingla la balle à une anse. Croyant l'avoir possédée, MarKaren s'apprêtait à la lancer au loin lorsqu'il se sentit s'ébranler : il était en train de soulever le piédestal aussi, qui, en dépit de son apparente fragilité, pesait plus lourd qu'un char de métal. Le cristal avait envoyé une tentacule de cristal autour de la balle, l'anse et le crochet. Carbuncle, pieds posés sur un pic de glace tout proche et corps à l'horizontal, élança sa propre batte dans l'action : elle s'ensevelit. Ixia à son tour les imita, ancrée en danseuse à ses raquettes visées sur quelques pas japonais ici et là. Ainsi, trois des quatre anses de la balles se trouvèrent scellées. Inhdra, un air de réflexion, opta pour une course aussi lourde qu'un Mammouth des Plaines Cuirassées de Cendres du Wutai, les pas creusant des ornières, éjectant des monceaux de mousse spongieuse et bleue, serrant la batte telle une hache de guerre, arriva entre Carbuncle et MarKaren qui donnaient champ libre car étant en hauteur et asséna un si puissant coup de batte qu'il brisa le piédestal, libérant les armes de ses compagnons, éjecta la balle à la vitesse d'un blaster suivie par les brisures de cristal et de ceux qui n'avaient pas lâchés leurs battes, comme Carbuncle et MarKaren. La chute fut dure, la balle alourdie chût tout près mais se mêlant à la mousse du sol, elle fut nettoyée et prête à guerroyer ces lourdauds qui peinaient à se relever.

 

            Pendant ce temps, Ixia jetait un coup d’œil aux décombres du piédestal et y aperçut un objet en losange orné de piques. Cet objet en contenait un autre de même forme, en plus petit, de façon à tenir au centre du premier ; le second en possédait un également, de même disposition. Ils étaient solidaires ; pourtant, aucun lien ne les retenait ensemble. Ixia s'apprêtait à les prendre à main nue lorsqu'elle se ravisa : aucune arme signifiait risque fatal. Son arme s'était régénérée et accrochée à la ceinture. En dégageant un peu plus les décombres à l'aide du Marteau de Thor, à tête plate sur un col sillonné de minuscules fresques dessinant des flocons en fleurs, elle atteignit les losanges qu'elle déposa dans le sac à l'épaule. A plus tard, l'examen !

            - Ils servent sûrement à briser du cristal, lui suggéra Renzokou.

            Celle-ci avançait toujours ; elle n'avait pas pris part à l'action des quatre autres. Cependant son rythme s'était alourdi. Elle était courbée sur elle-même, scrutant les environs toujours aussi scrupuleusement, là où elle mettait les pieds chaussés de Charles IX en alliage de titane, là où étaient les autres afin de se tenir au courant des événements. Comprenez la situation : tout cela était bien délicat ! Quatre adultes, experts dans leurs domaines, et elle-même qui se sentait sans talents, dans un lieu qui vivait à ses propres règles.

 

 

            Lentement mais sûrement, les joueurs reprirent leurs pérégrinations, le souffle court, les membres fatigués, les esprits embués. Ils apprirent les fourberies Du Pied Du Mur et de l'ensemble de son contenu. A aucun moment on ne pouvait se fier à cet endroit ! Sauf si l'on aspirait à la mort... Renzokou se demandait si l'on pouvait mourir là, ou si l'on était envoyé dans un lieu plus horrible. Pas de réponse, bonne réponse !

           - Hé, gamine ! Attention ! Renzokou, tu vas buter contre un arbre ! avertit mais trop tard Inhdra.

            De fait, Renzokou se prit un bon coup sur le front. Malgré tout surprise dans ses pensées, elle ne mit pas longtemps à se dégager de l'arbre à l'écorce grise et écailleuse comme celui d'un Requin des Mers du Sud. Il faisait bien cent pieds de haut, aussi mince que les cannes qu'ils utilisaient, dont les branches ressemblaient à une chevelure de princesse quoique verte et pas une feuille à l'extrémité. Ce n'était néanmoins pas le plus surprenant : en effet, l'arbre filiforme se mit à mouvoir, d'abord lentement comme on se réveillerait d'un long sommeil, puis il s'agita comme sous l'impact d'une violente rafale. Soudain, le tronc se gonfla d'un bloc : il mesurait maintenant un bon mètre de diamètre. Suivit une fente en damiers à environ le quart de hauteur. Un souffle fétide s'en échappa ; Renzokou suffoqua, pliée en deux. Ce qui la sauva car l'arbre aussi s'était penché, la bouche ouverte pour mordre et dévorer l'imprudent qui l'avait réveillé !

 

           - Raté ! nargua Renzokou.

           - Obéis à la Loi du Jour des Arbres !

           - Que dis-tu, l'arbre ? jeta Renzokou.

           - Balle de velours

           Vers toi cours !

            Foin de toutes leçons

           Ferme donc le pont !

 

           La voix tonitruante de l'arbre contrastait à la fois avec son aspect débile et sa prestance poétique. Renzokou pouffa de rire, pliée en deux. Cette attitude déplut à l'arbre qui se baissa encore pour mordre.

           - Raté, freluquet ! commenta Renzokou.

           Elle avait quand même contourné l'arbre, mettant de la distance, et avait sorti discrètement son trop long yatagan à la lame opaque et apposé sur le dos. Bien lui avait prise, car l'arbre souleva ses fines branches et fouetta l'air ; elles sifflèrent puis coupèrent les branches des arbres voisins puis s’abattirent vers Renzokou qui riposta en levant le yatagan, opposant une résistance inhabituelle pour une enfant. Les grognements d'efforts de l'arbre se perdirent bientôt parmi des grincements métalliques et les grognements de douleurs, également tonitruants, des arbres aux branches coupées. Ceux-ci, une fois réveillés de sinistre manière, chargèrent sur tous ce qui se trouveraient sur la place, humains et arbres. L'endroit devint une vrai plate-forme de guerre, morceaux de bois qui s'entrechoquaient avec rage, fracas de tonnerre qui assiégeaient l'atmosphère tout autour.

 

            Les hommes se bouchaient les oreilles, cherchant un moyen de fuir cette bataille ; Renzokou toujours coincée sous le poids des branches acérées se glissait doucement au loin. La progression en était si lente qu'elle passait inaperçue ; or, le temps allait avoir raison de Renzokou. Cette dernière lançait des coups d’œil autour à la recherche d'un objet naturel qui se prêterait au rôle d'une arme défensive. Elle situait la position des autres dans son observation, calculant l'espace entre eux : cela ne lui servirait peut-être pas mais elle ne pouvait faire confiance à aucun des hommes présents. D'ailleurs, aucun ne tentait de l'aider, bien que la liane qui grésillait dans le poing d'Inhdra serait bien utile à découper ses branches- couteaux ! Inhdra se contentait de la regarder, mesurant ainsi sa performance ; Ixia se débattait avec les assaillants végétaux à coup de marteau et de batte ; MarKaren feintait entre chaque mouvements des branches-couteaux, se croyant sûrement sur l'océan ; Carbuncle se faufilait sournoisement derrière les rochers disséminés sur la place.

 

              Renzokou, disposée en avant de son groupe, visualisa les déplacements qu'effectuaient les arbres-couteaux. Cherchant Inhdra du regard, elle voulut lui indiquer le chemin possible pour s'éloigner de ce champ de bataille avec, au passage, un petit coup de liane-acide sur les branches qui commençaient à peser leur poids. L'acide les trancherait la libérant de leur joug. Or Inhdra se montrait réfractaire à l'idée car il n'essayait même pas de communiquer avec elle. Oui, vraiment, chacun pour soi, dans ce monde aussi bien dans Le Pied Du Mur que dans l'Empire des Trois Cartes !

             Glissant un peu plus loin, elle comprit que sa manœuvre qui consistait à s'éloigner n'était pas correcte : il fallait biaiser, esquisser les branches, éviter de toucher quoi que ce soit. Alors, elle fit un quart de tour sur place, pencha la lame du yatagan de quelques millimètres de façon à la faire glisser à l'instant adéquat et continua à la tenir mais uniquement d'une main. La main droite, la plus habile, descendit le long de ses jambes qui elles-mêmes se ployèrent un peu afin de l'accompagner dans le geste. Renzokou dévissa quelque chose sur le côté de ses chevilles de fer et, elle  appuya sur un point stratégique tout en effectuant un brusque volte-face de quelques pas. Les branches-couteaux s'effondrèrent, ne trouvant plus d'opposition, et se fichèrent dans le sol bleu. Celui-ci appliqua sa propriété dans le même mouvement : il commença à avaler les branches. L'arbre n'eut plus d'intérêt pour Renzokou et son insolence dans l'unique but de sauver son écorce.

 

             Ainsi, tant bien que mal, les joueurs se regroupèrent plus loin ; mais les distances lointaines étaient aléatoires par ici ! Ils étaient bien essoufflés.

            - Oh, ce n'est pas fini, les gars, se moqua Renzokou.

            - C'est toi qui nous a mis dans cette bataille, éructa MarKaren.

            - Qu'a dit l'arbre ? plaça Ixia.

            - Il faut faire ce qu'a dit l'arbre-couteau, intervint Inhdra.

            - Et c'est quoi ? siffla Carbuncle.

 

            - Ce que vous voulez, tant que la balle velue est trouvée, supposa Renzokou.

            - Mer.., je l'avais oubliée, cette horreur, pesta Carbuncle.

            - Aller au pont et le fermer, conclut Inhdra.

            - Et ce ne sera pas simple, dit Ixia.

            - Ça n'a vraiment pas de sens, ce sport ! C'est débile ! marmonna un MarKaren furieux.

            Ils progressèrent en entonnoir pour couvrir plus de terrain, à la recherche à la fois de la balle velue, absente de la bataille des arbres-couteaux, et de ce fameux pont à fermer...

 

 

            Faire ce qu'avait dit l'arbre-couteau ? Je suis d'accord sur le principe : cherchons à penser fermement à ce pont, il se formera bien devant nous. Le Pied Du Mur était bien capable de ça, j'en étais certaine !

 

           - Peut-on avoir une pause ? suggéra Ixia.

           - Tu t'arrêteras quand tu seras morte !

           - Là, on marche sans trop de problème : essaie de te ménager, conseilla Inhdra.

           - Tu la bichonnes ? railla Carbuncle.

           - Savez-vous pourquoi il n'y a que très peu de vainqueur du Sport ? rétorqua alors Inhdra. Parce qu'aucun Joueur ne s'est allié suffisamment longtemps au sein de leur équipe ! Jamais...

           - Et moi, je veux gagner ! s'écria MarKaren.

           - Marcher et observer, fis-je sourdement. Marcher tout le temps. Observer tout le temps. Ce sont les deux grandes règles. A part savoir combattre, bien sûr.

           Les regards se tournèrent vers moi : étonnés !

           - Inhdra a bien analysé : pas d'alliance totale, pas de mouvements, pas d'observation et pas de combat, c'est pas de vainqueur. On est entré à cinq dans cet antre, alors on en sort à cinq !

 

           Cette idée devait faire le chemin nécessaire : elle était la clé pour sortir de ce stade d'Entraînement sinon nous allions passer directement au Match lui-même sans avoir de répit. Et le Maître des Jeux n'avait pas encore effectué son intervention...

 

           Inhdra scrutait cette gamine trop grande et difforme. Comment avait-elle passé les tests médicaux ?

           - Un autre conseil ? proposa Renzokou.

           - Tu ne corresponds pas aux critères...

           - Je suis recruteur...

           - Donc immunisée ? coupa MarKaren.

           - De quoi : mourir ?

           - Elle sait survivre ! appuya Ixia.

           - Dans le cas contraire, je lui vole son immunité ! noircit Carbuncle.

           - C'est facile de parler de vie et de mort ; les vivre est plus difficile : nous verrons vos action-réaction... Pour trouver ce fichu pont, pensez à le vouloir faire apparaître devant vous...

 

           Inhdra comprit enfin : Renzokou était une Archiveur, ces gens qui notaient toute l'Histoire sur des tablettes et les transmettaient aux générations futures voire aux diverses dimensions de la sphère de vie. Il avait déjà rencontré ce genre d'humains sans qu'il n'ait cherché à les comprendre : il était soldat après tout.

           Penser...

 

 

            Après un temps indéterminé qui, cependant, fit accéder une sorte de repos aux Joueurs, le fameux pont se dessina devant tous, non loin mais encombré de créatures sans nom.

            - Je suppose qu'il faut les dérouiller, diagnostiqua MarKaren allègrement. Ça va changer des balles bizarres...

            - Quelle stratégie...

            - Chacun pour soi, Inhdra, coupa Carbuncle.

 

           Chacun s'élança, ayant pris soin de préparer leurs armes respectives.

            Renzokou renonça à tout se raconter. N'écoutez surtout pas les conseils...

         Chacun acheva leurs adversaires respectifs, assez facilement. Chacun d'entre eux se regroupèrent, comptant les blessures, cachant les objets récoltés à la fin de chaque duel. Jusqu'à ce que le véritable gardien se tint devant eux...

           Que dire de plus ? Franchement...

           Renzokou regarda le sol, perplexe. Enfin, elle décida de combattre cet animal qui avait un faux air du Minotaurus Crétois, en plus reptilien. Des écailles donc un gros pouvoir de bouclier. Elle allait s'élancer vers lui et entamer un combat, ce qui inciterait les autres à établir leurs stratégies respectives. Ensuite, elle se mettra à l'écart et sa véritable stratégie à exécution.

 

            S'élancer, c'était vite dit : Renzokou apporta un réglage à ses chevilles de fer puis s'ébranla, tel un Transformer, le pont vibrant quelque peu sous sa démarche lourde. Le Gardien ne bougeait pas de son poste : Renzokou était encore une quantité négligeable. Celle-ci s'approcha : cherchant des yeux les points dénudés d'écailles, comme au niveau des articulations et du visage, endroits hors d'atteinte mais néanmoins cruciaux. Arrivée tout près sans avoir été éjectée, elle leva son yatagan et tenta de piquer la peau de la jambe... qui la frappa et l'envoya valdinguer contre le bastingage du pont.

 

            Pendant ce temps, MarKaren tournait autour du Minotaurus en l'esquivant habilement, telle une Mouche TséTsé s’apprêtant à piquer de son dard. Il avait sortit de son sac à dos en coque de plastique des sortes de petits tubes qu'il allumait et, dans les secondes qui suivaient, les piquait à ces lieux sans écailles. Pas de douleur pour le Gardien : les tubes se fichaient à peine et un coup d'air un petit peu fort les ferait tomber. Mais cette chute n'avait pas encore lieu que les tubes explosaient, là donnant à souffrir au monstre : une poussière jaune avec une odeur de soufre enveloppait un instant l'endroit de l'impact, se collait à la peau, s'infiltrait sous les écailles puis explosait : ainsi brûlait et envoyait des échardes de tubes tout autour.

 

             Inhdra s'était drapé de la liane vénéneuse, suffisamment longue pour s'en servir de lasso : d'un beau geste, il lança autour du coup à peine quelques secondes avant la réaction de défense du Minotaurus. La liane fit alors son travail d'acide : elle rongea les écailles et quand bien même celles-ci étaient bien solides, l'acide eut un effet. Le Minotaurus grogna de douleur et de fureur ! Il s'agita dans le but de se débarrasser de cette corde, ne la touchant à peine sinon il se brûlait : il se mit à donner des coups de sabot, tel un taureau dans une arène. Or, Inhdra, avec sa force et son armure d'or, tenait d'une bonne poigne le lasso et contrôla donc le Gardien, le maintenant immobile le plus longtemps possible soit jusqu'à ce que ses compagnons exécutèrent leurs attaques ou que la liane ne contînt plus de sève vénéneuse.

 

             Carbuncle préféra une attaque directe. Sans autre type de procès, il chargea le monstre, parvint à le contourner et bondit sur le dos. S'accrochant aux cornes courbées en carré pour ne pas tomber dans la fureur, il tira de son arme à feu dégainée : une rafale courte de lumière, très certainement avec décharge électrique parce que des étincelles éclatèrent de part et d'autre. L’œil agressé, le monstre tentait de capturer ce parasite, n'hésitant pas à taper le crâne. C'était sans compter l'agilité de Carbuncle qui se plaçait de telle façon à ce que les coups donnés tapaient là où c'était le plus sensible. Le monstre allait-il être défait par sa propre arme ?

 

              Ixia fut furtive, bien qu'elle tenait à peine sur pied tant le Gardien faisait valser le tablier du pont. Aux pieds du Minotaurus, elle traça des cercles de craie blanche à peine perceptibles sur le pont. Le bois se couvrit d'une couche de froid : de la glace qui avançait en cercles dans la direction que donnait Ixia par l'orientation de ses dessins. La glace atteint enfin les pieds du Gardien et grimpa vers les jambes. La fine couche qu'elle était s'épaissit alors, à la mesure de la chaleur que dégageait la créature. De ce fait, ce dernier s'immobilisait : l'emprise de la glace n'était pas rapidement totale, comparée à la force brute que dégageait le Minotaurus lui-même. Cependant, elle fit quand même son œuvre.

 

              Renzokou intervint enfin. Elle s'était, tant bien que mal, éclipsée de la zone de bataille. Dans son repli stratégique, elle avait regagné le terrain au sol mousseux. Là, à l'aide de son yatagan, elle avait fouetté très largement le sol en forme géométrique simple. Ensuite, depuis la pointe de la canne crochetée, elle souleva de grandes surfaces de gazon et, secondée par l'arme blanche, elle tranchait dans le vif de la mousse bleue. D'un geste prompt, elle fit déployer dans les airs la nappe de mousse.

              De là, elle laissa la nature Du Pied Du Mur faire son œuvre. Effectivement, la nappe de mousse s'arrondit par ses bords tranchés : dès qu'ils se touchèrent, ils se soudèrent, concevant une étendue sphérique. Et, comme lors un vent qui soufflait dessus, l'étendue de mousse frémit, prenant vie : chaque brin s'anima et s'allongea. La boule bleue prestement ouvrit deux points rouges parmi les brins de mousse. D'un éclair, elle traversa les airs vers Renzokou qui se tenait nonchalante non loin.

              Renzokou ne put s'empêcher de glousser de rire. Elle fit basculer discrètement sa canne de combat et se terrant sur elle-même, percuta le boule de mousse au bon moment. Elle la posta directement sur le Minotaurus.

 

              -Taïaut !! Attention à la balle velue ! cria-t-elle à pleins poumons.

 

              L'habitude bien acquise, les quatre autres l'évitèrent facilement, sauf le Gardien qui la reçue en plein poitrail. La boule de mousse bleue s'étala si vite que nul ne put voir correctement. Bientôt, une seconde boule et puis une pluie suivirent : le Minotaurus se recouvrait de mousse bleue qui avalait tout sur son endroit.

 

              Le Minotaurus s'ébranla enfin dans ses jambes et, en deux coups et trois mouvements de plus, affligés par les Joueurs, le monstre s'écroula sur la surface polie du pont. Un cri de victoire s'échappa, et des félicitations réciproques. Des monceaux de glace volèrent, le sang gicla en éclaboussant : divers morceaux organiques pleuvaient tout autour. La mousse même avait débuté son invasion du pont, nouveau territoire dont elle n'avait pas encore perçu la présence.

              Les Joueurs n'en avaient cure car, entraînés dans leur victoire, ils cherchaient maintenant à comprendre le sens du texte de l'arbre-couteau.

              - On ferme comment ce pont ?

              - Écoute bien, blanc-bec, susurra Carbuncle d'une voix reptilienne.

              MarKaren n'entendit pas le commentaire de l'homme-cadavre en dehors du grondement qui montait dans les airs.

 

             Le pont tremblait depuis ses fondations de plus en plus puissamment. Le bois se fendait par endroits. Des pans se détachaient et tombaient en contrebas, dans le gouffre dont aucun ne savait jusqu’où il descendait. Et puis, le savoir, c'était mourir, non ? Il fallait fuir ! Tous se mirent à courir, non pas vers d’où ils étaient arrivés, mais plutôt du côté opposé. Les plus rapides furent MarKaren, Ixia et Carbuncle ; Inhdra les suivait de près. Il n'y avait que Renzokou qui était à la traîne : en pour cause, ses chevilles de fer ne s'alliaient pas à la course, Renzokou ayant pourtant dévissé l'écrou de contrôle au maximum de légèreté.

              La course fut éperdue : le pont était si long. Les pans tombaient juste derrière leurs talons ; s'ils en tombaient devant eux, les longs sauts les sauvaient ou la planche de surf de MarKaren parvenait à les transférer un court instant. Néanmoins, Renzokou pesait de beaucoup trop pour la planche de surf, elle fouillait du regard le sol qui se démantelait, elle progressait de poutre en poutre qui se présentaient comme plus solide que le tablier : malheureusement, quoiqu'elle fît, elle était trop loin pour atteindre à temps la rive en face.

 

              Une action inattendue se produisit alors... Un gros bras s'empara de Renzokou, tel un sac de sable, qui fut jetée à l'épaule et emmenée assez aisément. Inhdra avait en effet rebroussé chemin pour la secourir.

              Renzokou, à l'instar des trois autres, dévisagea le soldat. Quelle mouche l'avait piqué ?

              Sans répondre de vive voix, Inhdra ébaucha un signe vers le poing serré de Renzokou, que celle-ci desserra, signalant l'existence d'un collier à l'effigie du Minotaurus. De quoi se composer une armée de monstres sous les ordres des Joueurs ! Le début du moins...

             Cependant, Renzokou y voyait là l'introduction de l'alliance entre eux, sans que personne ne voulut l'admettre. Il faudrait encourager cet acte significatif...

              D'un mouvement vif, Renzokou envoya le Minotaurus Neck dans les bras d'Ixia, la désignant comme première porte-flambeau de leur équipe.

 

             Nul ne protesta, chacun appréciant intérieurement ; enfin ce que je supposais. Qu'allons-nous acquérir encore ?

            Que voyait donc le Maître Des Jeux depuis sa tourelle ?

            Il ne s'était pas manifesté ; rien de bon, à mon avis ; comment nous avait-il jaugé et donc la force de ces nouveaux Joueurs qui comptabilisaient plus de points que les cuvées des dernières décennies ?

 

            Un roulement se fit entendre, le jet de lumière bleutée qui les avaient accueillis dans Le Pied Du Mur zébra le ciel artificiel une nouvelle fois, présageant le changement de décor. Les Joueurs s'aplatirent au sol, prenant soin de retomber sur une surface privée de mousse bleue ou de se trémousser un instant malgré le ridicule de l'acte.

           - Cela ne s'était jamais arrivé auparavant, souffla Ixia.

           - Je crois que ça commence, répondit Carbuncle au même ton.

           - Quoi, on n'a pas de répit ? s'étonna MarKaren.

 

          Non, le Maître Des Jeux avait déterminé que nous ne pouvons quitter ces lieux en aucun cas !

          - Si vous sortez d'ici maintenant, allez en ville, immanquablement vous vous vanterez des vos exploits pendant l'Entraînement ! supposa Renzokou.

           - Et c'est très mal vu avant le Match : il va perdre sa réputation, finit Inhdra.

 

           - Et Personne ne sort du Sport, pensèrent-ils à l'unisson.

 

 

 

             *Chapitre du Sport*

 

 

 

             Peu après, Le Pied Du Mur permit l'entrée des Joueurs en son ventre. Chacun se pressa avec l'excitation d'un grand Jeu à venir et tout en gardant l’impassibilité des vétérans.

 

            Rien ne prévoyait de changements par rapport à l'entraînement. Or, tous espéraient qu'ils s'en présenteraient, moi y compris. Les muscles se contractaient spontanément, les sens enregistraient la moindre information, chaque regard entre nous portait une signification précise, chaque pensée élaborait les plans de bataille à plusieurs ou seul. Les instants se chargeaient en énergie qui allait faire notre bonheur, en spectateurs invisibles pour nous, en chausse-trappes pervers pour nous et en tous dispositifs qui allaient faire notre bonheur !

 

             - Entrée ! claironna soudain le Maître des Jeux.

             Notre impatience nous dévorait. Le Maître des Jeux y verrait sûrement comme un signe avant-coureur d'une faiblesse et de sang chaud. Or, ce sera nous qui ferons le chaud et le froid dans cette arène ! Nous sommes forts...

 

             - Hé, personne ne nous a dit qu'il y aurait des adversaires ! s'écria MarKaren.

             Inhdra, Carbuncle, Ixia et moi-même grimaçâmes de contentement - je crois bien que MarKaren aussi...

 

              - Qu'attendez-vous ? soupirai-je. La caverne nous attend elle aussi... Nous sommes forts ! Allons gagner le Sport...

 

              ( NDLR : La suite est en course.)

 

 

 

 


22/10/2011
0 Poster un commentaire

Zone de Confort : making-off

Voici :

  • l'avertissement //! :

D'après mon entourage, il y aurait des éléments assez choquants donc attention aux plus jeunes/sensibles !!

 

  • les liens :

les textes des autres participants ; il n'y en a qu'un seul car le reste est  en retard - notre plus grand problème - tiens un sujet à écrire ?...

mon texte ;

 

  • les contraintes :

Titre : Zone de confort
Mots imposés : facturable, duel, dégustation, calicot

Inclure les deux « clichés » ci-dessous :
Règle de Nostradamus : toutes les légendes sont des vérités historiques. Toutes les rumeurs sont des faits. Toutes les prophéties s'accompliront (et pas dans un avenir indéterminé, hein ! Tout de suite !).
Loi du jour des arbres : à un moment donné, vous devrez parler à un arbre et faire ce qu'il vous demande.

(Clichés issus de FFdream.com )

Dead line : week-end du 16/17 avril 2011

 

  • les motivations :

Je voulais laisser une trace de ces journées de réflexion surtout que je n'avais pas de voie ou me diriger et une fois engagé, je ne pouvais faire marche arriere. Et voyez donc ce que ça tourne au délire...

Mais je me suis bien amusé !!!

 

********************************************

Au contraire des contraintes des défis précédents, qui précisaient un peu, du moins, le genre littéraire à aborder (futur proche, fantastique - pour rappel), avec ces contraintes-là, cela donnerait en fait un genre littéraire tel que : jeu de rôle, fantasy, étendu à : SF, aventure, merveilleux, rêve, absurde, burlesque, grotesque, etc ; bref, à l'instar du type de Terry Prachett et du Disque-Monde. J'aurais du dire du type du Disque-Monde et de Terry Prachett dans ce sens parce que je connais le Disque-Monde via les Trois Soeurcières et le Père Porcher et peut-être Mortimer alors que "c'est qui, Terry Prachett ? l'auteur ? ah bon, chavais pas..." D'ailleurs, j'ai acheté Les Trois Soeurcières avant-hier, ça va me faire vivre des souvenirs - sauf que je ne sais fichtrement pas si j'ai lu des livres ou vu des films car il me semble que je vois plus d'images que d'expressions - et des comparaisons avec mes sœurs, hé hé, je sens que je vais charrier plus d'une - au moins, trois... Bah oui, j'ai au moins trois sœurs... Peut-être devrai-je éditer mes propres annales du Disque-Monde ? J'ai fait vite fait une p'tite recherche sur le net et bigre, ce sont pas de vieux livres (la version en français date, respectivement pour les titres cités, de 1995, 2002 et 1994 ; même si je suis de n'avoir rien lu - s'entend de la fiction - entre 2000 et 2008, alors cela daterait de la date en version originale (1988, 1996, 1987)? Je savais lire l'anglais à cette époque, moi... Déjà ?

 

Bon, on s'en fiche, passons au vif du sujet - c'est quoi déjà, ce vif du sujet ?...

              Jeu de rôle : me tendait la main mais c'est logique ; comment l'appliquer ? ça passe bien dans la tête mais à l'écrit, la technique est bien complexe ;

                                Fantasy : s'est jetée sur moi et me lâche pas ; faudrait trouver un prétexte pour déguerpir... 
                                SF : c'est du connu, sauf que revoir des potes déjà rencontrés pour vivre de nouvelles aventures est une idée confortable ;                                Aventure : donnerait un bon clash avec les clichés de jeu de rôle ; sauf que c'est du classique que de prendre pour référence le monde moderne et partir à la découverte d'un nouveau...                               Merveilleux : je ne m'entends pas avec les fées actuellement...                             Rêve : il faudrait dormir d'abord ; de plus, c'était la méthode utilisée au collège pour mes rédactions donc un peu usée jusqu'à la trame...                             Absurde, burlesque, grotesque : tous les ingrédients à la Prachett ; ça serait pas du plagiat, ça ?

 

                                     Je fais quoi, alors ? Je vais aller lire...

 

******************************

Voilà où j'en étais la semaine dernière. Aujourd'hui est aussi burlesque (15/03/2011)

             Parler à un arbre ? Eh, s'asseoir sur les branches pendant qu'il marche avec ses congénères pour aller détruire le domaine de la Tour Blanche du grand mage Saroumane et ses armées d'orcs n'est pas mieux ? Euh, Tolkien s'en ait chargé ; ah oui, il a fait mieux que moi

            Calicot ? Coco, péquenot, tacot, bistrot, troquet, boire, calice, chevalier, je suis où là ? Ah, je déguste ?

           Nostradamus dit grosso modo : "Je prévois qu'il aura en 2011 des catastrophes naturelles, des guerres et des armistices de paix, des pirates dans la mer rouge et des yankees dans le désert arabe, des politiciens-peoples et des peuples-idols, des livres sans papier et des feux sans fumée, quelques verres dans le nez et quelques vers sur mes os si jamais j'ai existé..." J'ai prévu la même chose, moi aussi, pourquoi personne ne m'écoute ?

             Zone de confort ? Là où ça fait pas mal ?

             On peut facturer un duel ? 

 

 

Bon, voyez comme je réfléchissais profondément ! Et pourtant je savais exactement ce que j'allais dire - écrire, je voulais dire... (24h plus tard : Non, je suis pas saoul, j'ai juste pas dormi depuis 24h !)

Je voulais laisser trace de ces journées - surtout que je n'ai pas présenté mon dernier texte - pas d'article, quoi.

 

***********************************************

  Voici mise en page et texte brut le plan du thème :

 

  • sport 
  • violent avec des hommes et femmes bien baraqués

 

  • on renvoie une balle dure comme celle du baseball ou molle comme le ballon en mousse du foot avec des battes pour tous les joueurs, comme le jeu des incas 
  • les battes ont une pointe en crochet pour attraper la balle et la lancer

 

  • une protection sur le visage et les articulations d'après la Science des matériaux 101 : L'or, l'argent et les autres métaux précieux font d'excellentes armes et armures, en dépit du fait que dans le monde réel, ce sont des métaux trop lourd et malléables pour cela. Leur efficacité est telle que personne ne songe à transformer son équipement en lingots pour ensuite le vendre et partir vivre dans une île tropicale.

 

  • deux équipes de cinq
  • des battes et une balle

 

  • si des battes sont cassés, elle sont remplacée par des neuves immédiatement d'après IDKFA : Les munitions de base pour les armes à feu de vos personnages sont soit illimitées, soit extrêmement faciles à trouver. Même si les armes à feu sont extrêmement rares. OU Règle de l'Arme Indestructible : Vous pouvez bien frapper comme un sourd sur des cibles blindées avec votre épée ou arroser tout ce qui bouge avec votre flingue en mode full-auto, votre arme ne sera jamais brisée, enrayée ou même ébréchée

 

  • un terrain accidenté
  • amener la balle à un point donné selon un parcours
  • des attaquant pour emmener la balle
  • des défenseurs pour les arrêter
  • tous les coups sont permis sauf les mortels (quoique...) : coups d'attaque, coups de récupération de la balle, coups avec de la ruse = feinte, passe, lancer, dribble,etc

 

  • utilisation d'objet en tous genre pour les coups d'après la Règle de Mac Gyver : les armes que vous pouvez utiliser ne sont pas limitées aux classiques flingues, masses et autres épées. Pourvu que vous ayez les compétences appropriées, vous pouvez tracer votre route dans le sang en utilisant des gants, des peignes, des parapluies, des mégaphones, des dictionnaires, des carnets de croquis,... Dans vos mains, n'importe quel objet peut devenir une arme mortelle. Encore mieux : quoi que vous utilisiez pour combattre, chaque nouveau magasin sur votre chemin propose un modèle plus puissant que celui que vous avez pour un prix raisonnable. Qui d'autre peut bien parcourir le monde en tuant des gens avec un parapluie ?

 

  • déplacement sur tous les montures possible d'après la Première Loi des Voyages : N'importe quoi peut servir de véhicule : oiseaux, châteaux, villes,... N'importe quoi, on vous dit ! Donc, ne vous étonnez pas si les murs de la forteresse dans laquelle vous êtes se mettent soudain à trembler et que ladite forteresse s'envole. D'ailleurs, en corollaire, on constate que tout objet ou animal peut soudain se découvrir des aptitudes pour les déplacements en trois dimensions ; au diable les lois de la physique, de l'aérodynamique ou de la biologie !

 

  • les blessés sont évacués par télé-transportation et sont aussitôt remplacés d'après la Règle du Remplaçant : Quand un membre de votre équipe se fait tuer ou s'en va, même s'il avait quelque chose d'unique ou de très spécial, il y a une très forte probabilité pour que quelqu'un vienne le remplacer qui aura exactement les mêmes capacités et saura utiliser les mêmes armes avec le même degré de maîtrise.

 

  • par de remplacement stratégique en cours de match, sauf par blessés
  • système de comptage de faute
  • les comptabilisés de grand nombre de faute ne sont pas retiré du match en cours mais fait perdre de points à l'équipe si les fautes sont trop nombreuses

 

  • pas d'arbitre mais... un commentateur qui sait par avance le déroulement du match d'après Règle de Nostradamus : Toutes les légendes sont des vérités historiques. Toutes les rumeurs sont des faits. Toutes les prophéties s'accompliront (et pas dans un avenir indéterminé, hein ! Tout de suite !). 

 

  • un coup mortel = disqualification
  • perdre la balle sans moyen de la reprendre équivaut à perdre
  • la victoire est selon le nombre total de la balle au points donnés (ex : équipe A à 3 points sur les 7 et équipe B a 4 points sur les 7, l'équipe B est victorieuse) (ou autre...)
  • tout matériau sert de surface de jeu

 

  • tous (hommes, spectateur, machine, autres ) peuvent donner des conseils que le joueurs suivent ou pas d'après Loi du Jour des Arbres : A un moment donné, vous devrez parler à un arbre et faire ce qu'il vous demande.
  • les joueurs doivent garder un membre supérieur a la batte et un membre inférieur au sol/surface de jeu d'après Paralysie sélective : Vos personnages doivent toujours garder les deux pieds sur terre. Ils sont incapables d'escalader / enjamber / traverser / déplacer / sauter par-dessus les divers obstacles qui se présentent à eux (rails, chaises, chats, murets, sol d'une couleur différente, ...). A noter que ceci ne les empêchera pas de sauter d'un wagonnet à l'autre dans cette mine désaffectée qu'ils exploreront plus loin dans le jeu.

 

  • Zap !
    La plupart des méchants dans les RPGs disposent d'une forme de téléportation. Ils s'en servent généralement pour surgir devant vos aventuriers juste au moment où ceux-ci arrivent dans l'Inévitable Salle de la Relique Légendaire et s'emparer de cet objet tant convoité juste avant vous. La question "Puisque le Méchant peut se téléporter n'importe où n'importe quand, pourquoi ne ne vient-il pas simplement prendre l'Artefact pendant que les héros sont en train de s'arracher les cheveux sur l'énigme du troisième étage ?" reste à ce jour sans réponse.

 

  • Syndrome de la Ligne Droite (Crash Bandicoot RPG)
    (Vu dans la plupart des RPGs modernes)
    Le moyen d'accomplir votre quête est d'avancer tout droit pendant cinquante heures, en s'arrêtant de temps en temps pour observer, tuer et/ou tenir d'intéressantes discussions avec diverses jolies choses.

 

  • Oh non ! Ce boss faisait office de mur porteur !
    Le fait de tuer un boss dans un donjon provoque souvent l'effondrement de ce donjon, ce qui n'a aucun sens, mais permet d'insérer une séquence de fuite éperdue.
  • Axiome de l'Offre et de la Demande
    Le fait de tuer un puissant ennemi vous permet généralement d'accéder à un objet ou à une arme qui aurait été extrêmement utile si vous l'aviez eu avant d'affronter cet ennemi.
 
  • Loi de Mooks
    Les soldats et autres gardes à la solde de l'Empire Maléfique sont pour la plupart débraillés, pleutres et incompétents. Les membres de la Résistance sont pour la plupart horriblement faibles et sous-entraînés et seront massacrés jusqu'au dernier dès qu'ils devront d'affronter l'ennemi.

 

  • Règle de Wutai
    Quelle que soit leur mythologie propre, la plupart des RPGs comportent un pays basé sur le Japon médiéval, rempli de pagodes, de temples, de shoguns, de kitsune et de sushi. Cet endroit totalement anachronique est aussi l'endroit d'où viennent tous les ninjas et tous les samouraïs du monde.

 

************************

Le 01/04/2011, il eut une petite recherche de termes :

 

  • zone de confort = terme aéronautique ou terme de base = endroit confortable ou s'installer tel un bon canapé ou une zone tampon entre deux lieux dangereux
  • le paradis, végétation luxuriante
  • les loups qui s'enbourbent dans la neige
  • est-ce que les mots doivent décider ? les 2 premiers textes ont les genres lit précisés 
  • je suis un ronin
  • Confort est la place forte ou vivre

 

CONCLUSION

va te trouver ta prophétie et accomplie-la !!!!!

 

J'aime bien la fin...


15/05/2011
0 Poster un commentaire

L'attente cordiale

Pour ce troisième projet, nous avons le plaisir de subir les contraintes de notre compère Groucho !

 

Ce billet regroupe les voies de la réflexion et le texte. 

 

---------------------------------------------------------------------------------------- 

Voici les contraintes et mes choix/pensées logiques (vraiment?) : 

---------------------------------------------------------------------------------------- 

  
- Le titre : L'attente cordiale ; ok  
- toute l'histoire doit se dérouler dans une salle d'attente ; ok
- des éléments relatifs au fantastique doivent intervenir (folie, surnaturel, créatures...) ; ok 
- il faut caler les mots : raton-laveur, pistache, bouteille, métacarpe ; ok   
- citer une réplique de film/de série de son choix : 1er choix: Supernatural s4 e5 monster movie "Dean dit : "Tu crois que Dracula se transforme en chauve-souris , ce serait cool" ; que répond Sam : bah rien."  2nd choix: NCIS LA "G. Callen dit : "Je demande qu'à être écolo, à faire dans le durable. Hetty aimerait qu'on recycle nos balles." Sam Hannah répond : "Elle veut juste que vous récupérez les douilles." Callen : "Bouteilles recyclables, plus de serviette en papier, ni de gobelet en carton. Et ensuite, hein ?" Sam conclue : "On sauve la planète!"  ok  

 

- nommer un personnage d'après un anagramme de son propre prénom ou de son pseudonyme. tres difficile ok ; nom masculin d'origine bulgare dont une célèbre personne : rumen mlyakov handballeur à Billère (depuis billere.blogs.larepubliquedespyrenees.fr)  ou croate ou roumain ou serbe en sens de rouge ou slovène en sens de jaune ou suèdois en sens d'instrumentaux.

 

- Avec un titre comme ça, je pense d'emblée à un groupe de gens dans une même salle, qui sympathisent et font face à une catastrophe : un gars fou, des créatures meurtrières, des zombies...

 

- Avec la salle d'attente, et le premier choix de dialogue et aussi la navigation des blogs-amis, je pense à la Roumanie et Dracula ; en cherchant le nom anagramique, je pense au folklore balkanique et à l'inconnu.

 

- Je place des éléments véridiques sur ma vie ; à définir : comment les souligner ?

 

- Extrait possible : Je suis un vampire, tout juste changé. Je ne connais rien de cette vie-là. Je commence à peine à voir les différences, resté encore dans l'humanité et pas encore arrivé à la vampirité. C'est dans cette salle d'attente que je débute cette vie mais je ne m'en rends pas compte, à vous de me le dire.

  

- (les 2 femmes se disputant; le clochard qui dort sur 2 bancs; le vieux qui parle sans arrêt; les vigiles qui courrent et frappent sans distinction les inopportins.) entrecoupé  de  ( les références vampiriques )

 

- c'est une phrase de la fin:  

la chevelure grise de mon père / devant moi me sert de repère, /j'avance vers la porte vitrée  /  d'où un aveuglant rayon solaire fait son entrée,  /  la fumée qui se dégage des personnes au dehors /m'apporte le peu de chaleur qui me manquait bien, / ma soeur me sourit en marchant vers ce train  /  et rêver d'enfin revoir le Danube d'or.

 

puis    : le clochard sommeille encore mais il ne ronfle plus si fort. Je crois avoir vu deux points rouges sur sa peau. La valise bleue est renversée, un gant de cuir noir gise à son côté.

 

 

 

----------------------------------------------------------------------------------------

Le texte

---------------------------------------------------------------------------------------

 

 

  Dans une salle d'attente, je suis assis et j'attends. Je vois aussi des gens autour de moi, également assis et en train d'attendre. 

  Quoi ? 
  Le train de 00h14. Pour Vienne, en Autriche. Nous sommes à Bucarest, en Roumanie. Un vendredi soir. En hiver. Je m'appelle Rumen Qi. Mon nom a le mérite de nommer sainement deux choses : je semble être d'origine bulgare et cette question de "je ne sais exactement qui je suis."
 
  Je suis plutôt petit, 1m60, roux de cheveux ; j'ai l'œil bleu et 30 ans d'âge. Je suis vieux et bizarre, je suis fou et malade. 
  Qui suis-je donc ? 
 
 
  Les fauteuils de plastique ne sont pas si confortables mais le sommeil ne se fait pas prier. Dehors, le froid règne en maitre, beaucoup de vent et à peine de la neige sur l'allée centrale de la gare. Je plains le vigile de garde. Le rêve qui hante ma nuit se résume à ceci : "Je suis plutôt petit, 1m60, roux de cheveux ; j'ai l'œil bleu et 30 ans d'âge. Je suis vieux et bizarre, je suis fou et malade. Qui suis-je donc ?  
  " J'ai un livre sous la main, titré Dracula. Le voyage tombait à pic, alors... 
  Est-ce ça qui me monte à la tête ? 
             
 
  Il est 20h, le vendredi, le train pour Vienne est toujours prévu malgré la rude météo. Je m'ennuie rudement trop, alors je m'imagine des ombres frôlant les gens dans la salle, ou courant dans l'allée sans toucher le sol, ou voletant  au ras des colonnades et juste sous les lampadaires qui éclairent de-ci de-là les couloirs secondaires de la vieille gare. 
  Personne ne semble la remarquer. Moi, je l'entends craquer comme si elle s'étirait, cette belle vieille gare, faisant le dos rond comme un chat noir, tout juste réveillée. Je distingue son souffle chaud et froid selon la pensée qui l'occupe, tiens, elle tient à montrer sa désapprobation du mauvais coup en douce que tente de faire un homme gras assis au fond de la salle.
 
  Le froid se fait plus dur ; chacun est recroquevillé sur lui-même tentant de se réchauffer.
 
  La femme à ma droite derrière moi grogne dans son demi-sommeil ; sa voisine se plaint d'une voix irritée et gesticulant quelquefois, le léger frou-frou accompagnant chaque signe, et repoussant souvent le corps de l'endormie - qui ne se réveilla pas une seule seconde - en témoigne un frottement de tissus plus fort. Ceci continue un bon moment ; le temps exact ne se sait pas ; juste une sensation de longueur comme quand la maladie envahie le corps qui se trouble et frissonne de fièvre. Enfin, la dormeuse ouvre les yeux ; pas de doute, elle subit les réprimandes de la femme en colère. Je les écoute ; je me mets à penser quel genre de réaction la dormeuse va exécuter ; silence, colère en retour ou changement de place rapidement ? La dormeuse se révéla être un dragon ; elle harangua sa voisine d'un ton soutenu et véhément, réussissant à faire fuir cette colérique femme. Cette dernière s'en alla se plaindre à l'un des deux vigiles qui gardaient la salle ; il répondit ferme à la querelle en la réinstallant à sa précédente place.  
 
  "Chacune de ces femmes sont mauvaises..." siffle mon voisin. 
 
 
  Je sursaute. Je ne l'aie ni vu s'asseoir ni vu passer. A croire qu'il vient de nul part. 
 
 
  Il porte un de ces longs manteaux que les soldats britanniques portaient : des galons sur le cœur, des épaulettes à trois bandes de couleur, des boutons noirs luisants comme astiqués au cirage et une trame de fils de laine à faire pâlir la plus méticuleuse des couturières. Sur la tête, qu'il tient penché, un chapeau mou à la Jean Moulin mais bien tiré sur le front de manière à cacher les yeux que j'imaginais d'un noir luisant. Sous le col remonté, un peu de sa peau se laissait voir : la joue creuse et décharnée, d'un teint brunâtre et imberbe laissait comprendre qu'il 
s'agissait là d'un vieil homme, après la cinquantaine.  
 
 
  Je me surprends à lui répondre ; "Que n'y puis-je !" marmonné-je donc en français. 
  Un hoquet m'apprend que mon interlocuteur se moque de moi. "Écoutez donc les bruits sourds que sortent leurs âmes..." susurre-t-il lentement.
 
 
  Là, je suis au bord de la panique ! Que veut... signifie une telle phrase ? Et puis, je me surprends toujours à vouloir lui répondre ; là, je ne fais que me dire "Juste l'artère qui danse avec le sang ! C'est une bien bête question..." Je ricane intérieurement. 
  Un hoquet m'apprend encore une fois qu'il se moque de moi. Ou bien... m'apprécie-t-il ? 
 
 
  Je me tourne vers lui d'un mouvement brusque, me jurant le regarder dans le blanc des yeux. Or je ne rencontre que le vide. La chaise de ce monsieur est vide, à proprement parlé, de corps humain, à la place, une petite  bouteille, où quelques gouttes d'un liquide vermeil stagne le long de la paroi de verre, vacille de tout son flanc au creux de la chaise. 
  Je vacille à mon tour. Il n'y a pas que le froid qui me fait trembler. Je ferme les yeux, pour reprendre mes esprits. Je sens le visage brûler sous une soudaine chaleur. Ai-je de la fièvre ? Je me focalise sur mes souvenirs : 
   quand je suis entré dans la salle d'attente, 
   quand j'ai trouvé ce banc juste devant ce pilier, 
   tournant le dos à plus de la moitié de la salle 
   regardant vers l'entrée et l'allée, 
   quand je discute avec ma sœur et mon père 
   assis près de moi, une main sur la valise bleu nuit.  
 
 
 
  Sûrement au moment où le vigile pourchassait un jeune (délinquant ou pas, je ne sais quelle était leur discussion car je ne parle pas le roumain) qui voulait se réchauffer dans la salle non chauffée mais coupée du vent. L'agitation  causée a perturbé de gens même si tous s'essayent à se faire discrets. Bah oui, les vigiles n'ont pas l'air commodes ! Le jeune vigile est costaud et braillard ; il n'empêche qu'il cause très bien à ses jeunes amies ainsi que de passer de la politesse à l'agressivité aussi vite que ses pensées. Le plus âgé est rondouillard et affable, discutant sereinement avec les voyageurs. Tiens, justement avec l'homme au manteau anglais. Grand et fin, il me semble qu'il n'est là que pour me perturber. 
 
 
  Je me tourne vers lui quand il vient pendre sa place d'attente : "Qui êtes-vous exactement ?" Je ne peux pas dire cette simple phrase car je me rends compte que je ne sais pas quelle la langue qu'il parle. J'observe son profil : un nez aquilin, une fine moustache, une peau soyeuse, il a tout pour me plaire... si rencontré dans une situation normale - et non dans une gare quelque part dans la vieille Bucarest...       Je jette un coup d'œil à ma famille - elle somnole - et je me lance aussitôt : 
  "Vous me comprenez, n'est-ce pas ?" Après le même hoquet : "Que me voulez-vous ?" 
  "Est-ce vous qui me comprenez ?" Cette fois, il ricane nettement, retroussant les lèvres carmin, sur des dents blanches dont... deux pointues ! 
  Je sursaute. Me penche sur le livre posé sur les genoux : Dracula ! 
  Encore le hoquet ! "Vous auriez lu un Fennimore Cooper et vous auriez vu un raton-laveur assis sur ce fauteuil et attendant un train, n'est-ce pas ?" 
  "Vous n'êtes pas... Vous me compren... Vous chass... De l'ail, un..." 
  "Ne paniquez pas. Ne parlez pas. Pensez !"
 
  Il m'aurait dit "Mangez une  pistache !" que je n'aurais pas été étonné ! Un vampire ! En Roumanie ! Dracula ! C'est le bon compte, non ? Moins l'humour. 
  L'homme en manteau de laine soupira : "Vraiment naïf que tu es ! C'est toi, le vampire, Rumen !" 
  Hein ?! 
 
 
  Il tire sur ses gants de cuir, noir brillant, ce simple geste m'hypnotise, la face ravagée. Cette sensation de vouloir fuir me revient ; la peur m'immobilise de ses doigts gelés. 
  Quoi ?! 
  Faut-il que ce soit la vérité ? Ai-je perdu mon humanité ? 
  Non ?! 
 
 
  Hoquet ! 
 
 
  Je visualise tout mon trajet depuis les montagnes des Balkans. 
    Les chemins empruntés par la vieille charrette. 
    Les haltes dans les auberges pittoresques. 
    La frontière et ses contrôles incessantes des identités. 
    L'odeur lourde des gens et du feu. 
    Les parfums des fleurs et des biscuits. 
    Le bruit des roues. 
    Le son des cœurs. 
    La mélodie du sang. 
 
 
  Tout est clair ! 
 
 
  Mais toi ? Moi, je suis vieux et bizarre, je suis fou et malade. Je ne te veux pas ici ! Je ne te veux pas vivant ! Rumen... tu dois mourir ! 
   Je soupire, dépité. 
  Qu'ai- je donc fait ? Je ne suis qu'un gars qui vit dans le 21ème siècle, avec ces règles parfois absurdes mais sûres d'aider le monde. Je marmonne : "Voyager dans l'espace Schengen pour apprendre d'autres cultures est ma passion." 
   Et puis : "Je demande qu'à être écolo, à faire dans le durable. Hetty aimerait qu'on recycle nos balles." 
   "Elle veut juste que vous récupérez les douilles." 
  "Bouteilles recyclables, plus de serviette en papier, ni de gobelet en carton. Et ensuite, hein ?" 
  "On sauve la planète!" 
  "Oui, Hetty court toujours pour de bonnes causes. Tu vois, Comte Dracula, je ne suis qu'un gars normal ! Pourquoi veux-tu que je meurs ?"
  "Tu gênes mes projets. Tu ne sais pas qui tu es, donc sans camp, donc dangereux pour nous tous !"
   "Vous tous ?"
  "Vampires et humains ! Tu sera chasseur de vampires et prédateur d'humains ! Deux natures ! Deux fonctions ! Contre-nature !"
 
 
  ''…'' Je rate un long discours.
  "Sur une main humaine, oui ; pas pour toi, Rumen ! Essaie donc !" 
  J'allume la lampe de poche, que je garde près du couteau-suisse dans ma poche, et dirige le faisceau de lumière vers la paume de la main. Je regarde le résultat : les doigts brillent rouge vermillon, la tête des métacarpes aussi, mais pas plus loin. C'est normal, là. Fermant les yeux, je soupire de soulagement. Regardant à nouveau, cette brillance a disparu et la main semble être un bloc de bronze argenté.
  "Oui, ça vient, ça part : là, tu n'es pas défini !" Puis, il m'ordonna durement : 
  "Choisis un camp, Rumen !"
  "En gros, devenir une créature comme vous : vous êtes également un vampire. Je sais car vous vous éclipsez plus vite que la normale ! Et vous me voulez mort car vous savez que je vous aurais si je ne suis pas du même côté que vous !"
  "Bien..."
  "Allez-vous en !"
 "Décide-toi d'abord. Pense à Hetty... Voudrais-t-elle d'un être maléfique comme frère ?"
  "Non, non..."
  "Deviens chasseur et tu pourras me contrer ! Ou deviens vampire et accompagne-moi !"
 
 
  Je ferme les yeux. Je me concentre.
  Le souffle régulier de Hetty m'effleure la joue.
  Celui, plus grave, de mon père gronde dans l'oreille.
  La voix d'un homme qui marmonne dans sa barbe des mots inaudibles me parvient comme un lai des anciens temps.
  Les bottes du vigiles qui claquent sur le pavé et dont j'entends tomber la sèche boue.
  Le clochard qui sommeille.
  Le léger vent.
 
 
  Mon estomac gargouille. J'ai faim. Je croque un biscuit. Machinal geste qui me rassure. Je suis toujours quelque peu pur. Encore sain. Je ne suis pas nuit. Esprit, dans ta mémoire fouille !
  "Vas, comte Dracula, ou qui puisses-tu être ! Je ne suis ce que je saurai être, pas besoin de tes menaces !"
  Un mot sage. "Tu le regretteras !"
  L'homme au manteau se lève d'un coup, blessé d'avoir échoué. "Hé, où va-tu, le comte ? Quittons-nous en bons termes au moins !" Je ricane. Celui-ci acquiesce "pour ce soir, mon jeune ami ; mais demain sera une autre vie..." puis se dirige vers le clochard dormant sur plusieurs chaises. Il scrute les autres humains : personne ne le remarque ; quant à moi, je n'ai pas besoin de me retourner pour voir ce qu'il fait... Il se penche en avant...
  Un craquement assourdissant retentit dans la salle d'attente ! Peut-être les cervicales. Ou le tonnerre. Les humains sont comme en transe : chacun dort ou bien se souffle sur les doigts. Pas de réaction parmi eux...
  Je suis perplexe. Qu'était-ce ? Oui, la gare recelait une chose en ses murs : ce doit être elle ! Je l'ai ressenti à notre arrivée. 
  Hetty se réveillait doucement. Moi, je la regardai en  souriant. Chaque moment passé avec elle m'est toujours précieux. 
 
 
  La gare n'a pas de 'chose' en ses murs. C'est mon esprit. Juste lui qui vagabondait. Je me sens revigoré. 
  "Tu es bizarre, Rumen..." me murmure ma sœur.
  "Mm ?"
  "Révises-tu la technique... ? " Me montre le livre coincé contre mon dos. 
  "Oui, Hetty, je sais maintenant comment arrêter une chauve-souris !" 
  "Tu fais juste un peu trop de bruit..."
 
 
  L'appel à l'arrivée du train nous appela au quai.
  Sommes-nous les seuls comme ça ? Deux êtres, deux actions... Deux futurs.
  "Tu sais, j'avais un voisin ; j'ai discuté avec lui..."
  "C'est plutôt rare pour toi, taciturne !"
  "C'était spécial, quand même..."
  "Ça l'est toujours !"
 
 
  Je fais un pas dans ce nouveau monde. C'est un appel puissant. Allons-y ! 
 
 
    La chevelure grise de mon père 
   devant moi me sert de repère, 
   j'avance vers la porte vitrée 
   d'où un aveuglant rayon solaire fait son entrée, 
   la fumée qui se dégage des personnes au dehors 
   m'apporte le peu de chaleur qui me manquait bien, 
   ma sœur me sourit en marchant vers ce train 
  et rêver d'enfin revoir le Danube d'or. 
 
 
Le clochard sommeille encore 
mais il ne ronfle plus si fort. 
Je crois avoir vu deux beaux 
points rouges sur sa peau. 
La valise bleue est renversée, 
un gant de cuir noir gis à son côté...

14/01/2011
0 Poster un commentaire


Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser