A la Lueur du Lampadaire !

L'attente cordiale

Pour ce troisième projet, nous avons le plaisir de subir les contraintes de notre compère Groucho !

 

Ce billet regroupe les voies de la réflexion et le texte. 

 

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Voici les contraintes et mes choix/pensées logiques (vraiment?) : 

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- Le titre : L'attente cordiale ; ok  
- toute l'histoire doit se dérouler dans une salle d'attente ; ok
- des éléments relatifs au fantastique doivent intervenir (folie, surnaturel, créatures...) ; ok 
- il faut caler les mots : raton-laveur, pistache, bouteille, métacarpe ; ok   
- citer une réplique de film/de série de son choix : 1er choix: Supernatural s4 e5 monster movie "Dean dit : "Tu crois que Dracula se transforme en chauve-souris , ce serait cool" ; que répond Sam : bah rien."  2nd choix: NCIS LA "G. Callen dit : "Je demande qu'à être écolo, à faire dans le durable. Hetty aimerait qu'on recycle nos balles." Sam Hannah répond : "Elle veut juste que vous récupérez les douilles." Callen : "Bouteilles recyclables, plus de serviette en papier, ni de gobelet en carton. Et ensuite, hein ?" Sam conclue : "On sauve la planète!"  ok  

 

- nommer un personnage d'après un anagramme de son propre prénom ou de son pseudonyme. tres difficile ok ; nom masculin d'origine bulgare dont une célèbre personne : rumen mlyakov handballeur à Billère (depuis billere.blogs.larepubliquedespyrenees.fr)  ou croate ou roumain ou serbe en sens de rouge ou slovène en sens de jaune ou suèdois en sens d'instrumentaux.

 

- Avec un titre comme ça, je pense d'emblée à un groupe de gens dans une même salle, qui sympathisent et font face à une catastrophe : un gars fou, des créatures meurtrières, des zombies...

 

- Avec la salle d'attente, et le premier choix de dialogue et aussi la navigation des blogs-amis, je pense à la Roumanie et Dracula ; en cherchant le nom anagramique, je pense au folklore balkanique et à l'inconnu.

 

- Je place des éléments véridiques sur ma vie ; à définir : comment les souligner ?

 

- Extrait possible : Je suis un vampire, tout juste changé. Je ne connais rien de cette vie-là. Je commence à peine à voir les différences, resté encore dans l'humanité et pas encore arrivé à la vampirité. C'est dans cette salle d'attente que je débute cette vie mais je ne m'en rends pas compte, à vous de me le dire.

  

- (les 2 femmes se disputant; le clochard qui dort sur 2 bancs; le vieux qui parle sans arrêt; les vigiles qui courrent et frappent sans distinction les inopportins.) entrecoupé  de  ( les références vampiriques )

 

- c'est une phrase de la fin:  

la chevelure grise de mon père / devant moi me sert de repère, /j'avance vers la porte vitrée  /  d'où un aveuglant rayon solaire fait son entrée,  /  la fumée qui se dégage des personnes au dehors /m'apporte le peu de chaleur qui me manquait bien, / ma soeur me sourit en marchant vers ce train  /  et rêver d'enfin revoir le Danube d'or.

 

puis    : le clochard sommeille encore mais il ne ronfle plus si fort. Je crois avoir vu deux points rouges sur sa peau. La valise bleue est renversée, un gant de cuir noir gise à son côté.

 

 

 

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Le texte

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  Dans une salle d'attente, je suis assis et j'attends. Je vois aussi des gens autour de moi, également assis et en train d'attendre. 

  Quoi ? 
  Le train de 00h14. Pour Vienne, en Autriche. Nous sommes à Bucarest, en Roumanie. Un vendredi soir. En hiver. Je m'appelle Rumen Qi. Mon nom a le mérite de nommer sainement deux choses : je semble être d'origine bulgare et cette question de "je ne sais exactement qui je suis."
 
  Je suis plutôt petit, 1m60, roux de cheveux ; j'ai l'œil bleu et 30 ans d'âge. Je suis vieux et bizarre, je suis fou et malade. 
  Qui suis-je donc ? 
 
 
  Les fauteuils de plastique ne sont pas si confortables mais le sommeil ne se fait pas prier. Dehors, le froid règne en maitre, beaucoup de vent et à peine de la neige sur l'allée centrale de la gare. Je plains le vigile de garde. Le rêve qui hante ma nuit se résume à ceci : "Je suis plutôt petit, 1m60, roux de cheveux ; j'ai l'œil bleu et 30 ans d'âge. Je suis vieux et bizarre, je suis fou et malade. Qui suis-je donc ?  
  " J'ai un livre sous la main, titré Dracula. Le voyage tombait à pic, alors... 
  Est-ce ça qui me monte à la tête ? 
             
 
  Il est 20h, le vendredi, le train pour Vienne est toujours prévu malgré la rude météo. Je m'ennuie rudement trop, alors je m'imagine des ombres frôlant les gens dans la salle, ou courant dans l'allée sans toucher le sol, ou voletant  au ras des colonnades et juste sous les lampadaires qui éclairent de-ci de-là les couloirs secondaires de la vieille gare. 
  Personne ne semble la remarquer. Moi, je l'entends craquer comme si elle s'étirait, cette belle vieille gare, faisant le dos rond comme un chat noir, tout juste réveillée. Je distingue son souffle chaud et froid selon la pensée qui l'occupe, tiens, elle tient à montrer sa désapprobation du mauvais coup en douce que tente de faire un homme gras assis au fond de la salle.
 
  Le froid se fait plus dur ; chacun est recroquevillé sur lui-même tentant de se réchauffer.
 
  La femme à ma droite derrière moi grogne dans son demi-sommeil ; sa voisine se plaint d'une voix irritée et gesticulant quelquefois, le léger frou-frou accompagnant chaque signe, et repoussant souvent le corps de l'endormie - qui ne se réveilla pas une seule seconde - en témoigne un frottement de tissus plus fort. Ceci continue un bon moment ; le temps exact ne se sait pas ; juste une sensation de longueur comme quand la maladie envahie le corps qui se trouble et frissonne de fièvre. Enfin, la dormeuse ouvre les yeux ; pas de doute, elle subit les réprimandes de la femme en colère. Je les écoute ; je me mets à penser quel genre de réaction la dormeuse va exécuter ; silence, colère en retour ou changement de place rapidement ? La dormeuse se révéla être un dragon ; elle harangua sa voisine d'un ton soutenu et véhément, réussissant à faire fuir cette colérique femme. Cette dernière s'en alla se plaindre à l'un des deux vigiles qui gardaient la salle ; il répondit ferme à la querelle en la réinstallant à sa précédente place.  
 
  "Chacune de ces femmes sont mauvaises..." siffle mon voisin. 
 
 
  Je sursaute. Je ne l'aie ni vu s'asseoir ni vu passer. A croire qu'il vient de nul part. 
 
 
  Il porte un de ces longs manteaux que les soldats britanniques portaient : des galons sur le cœur, des épaulettes à trois bandes de couleur, des boutons noirs luisants comme astiqués au cirage et une trame de fils de laine à faire pâlir la plus méticuleuse des couturières. Sur la tête, qu'il tient penché, un chapeau mou à la Jean Moulin mais bien tiré sur le front de manière à cacher les yeux que j'imaginais d'un noir luisant. Sous le col remonté, un peu de sa peau se laissait voir : la joue creuse et décharnée, d'un teint brunâtre et imberbe laissait comprendre qu'il 
s'agissait là d'un vieil homme, après la cinquantaine.  
 
 
  Je me surprends à lui répondre ; "Que n'y puis-je !" marmonné-je donc en français. 
  Un hoquet m'apprend que mon interlocuteur se moque de moi. "Écoutez donc les bruits sourds que sortent leurs âmes..." susurre-t-il lentement.
 
 
  Là, je suis au bord de la panique ! Que veut... signifie une telle phrase ? Et puis, je me surprends toujours à vouloir lui répondre ; là, je ne fais que me dire "Juste l'artère qui danse avec le sang ! C'est une bien bête question..." Je ricane intérieurement. 
  Un hoquet m'apprend encore une fois qu'il se moque de moi. Ou bien... m'apprécie-t-il ? 
 
 
  Je me tourne vers lui d'un mouvement brusque, me jurant le regarder dans le blanc des yeux. Or je ne rencontre que le vide. La chaise de ce monsieur est vide, à proprement parlé, de corps humain, à la place, une petite  bouteille, où quelques gouttes d'un liquide vermeil stagne le long de la paroi de verre, vacille de tout son flanc au creux de la chaise. 
  Je vacille à mon tour. Il n'y a pas que le froid qui me fait trembler. Je ferme les yeux, pour reprendre mes esprits. Je sens le visage brûler sous une soudaine chaleur. Ai-je de la fièvre ? Je me focalise sur mes souvenirs : 
   quand je suis entré dans la salle d'attente, 
   quand j'ai trouvé ce banc juste devant ce pilier, 
   tournant le dos à plus de la moitié de la salle 
   regardant vers l'entrée et l'allée, 
   quand je discute avec ma sœur et mon père 
   assis près de moi, une main sur la valise bleu nuit.  
 
 
 
  Sûrement au moment où le vigile pourchassait un jeune (délinquant ou pas, je ne sais quelle était leur discussion car je ne parle pas le roumain) qui voulait se réchauffer dans la salle non chauffée mais coupée du vent. L'agitation  causée a perturbé de gens même si tous s'essayent à se faire discrets. Bah oui, les vigiles n'ont pas l'air commodes ! Le jeune vigile est costaud et braillard ; il n'empêche qu'il cause très bien à ses jeunes amies ainsi que de passer de la politesse à l'agressivité aussi vite que ses pensées. Le plus âgé est rondouillard et affable, discutant sereinement avec les voyageurs. Tiens, justement avec l'homme au manteau anglais. Grand et fin, il me semble qu'il n'est là que pour me perturber. 
 
 
  Je me tourne vers lui quand il vient pendre sa place d'attente : "Qui êtes-vous exactement ?" Je ne peux pas dire cette simple phrase car je me rends compte que je ne sais pas quelle la langue qu'il parle. J'observe son profil : un nez aquilin, une fine moustache, une peau soyeuse, il a tout pour me plaire... si rencontré dans une situation normale - et non dans une gare quelque part dans la vieille Bucarest...       Je jette un coup d'œil à ma famille - elle somnole - et je me lance aussitôt : 
  "Vous me comprenez, n'est-ce pas ?" Après le même hoquet : "Que me voulez-vous ?" 
  "Est-ce vous qui me comprenez ?" Cette fois, il ricane nettement, retroussant les lèvres carmin, sur des dents blanches dont... deux pointues ! 
  Je sursaute. Me penche sur le livre posé sur les genoux : Dracula ! 
  Encore le hoquet ! "Vous auriez lu un Fennimore Cooper et vous auriez vu un raton-laveur assis sur ce fauteuil et attendant un train, n'est-ce pas ?" 
  "Vous n'êtes pas... Vous me compren... Vous chass... De l'ail, un..." 
  "Ne paniquez pas. Ne parlez pas. Pensez !"
 
  Il m'aurait dit "Mangez une  pistache !" que je n'aurais pas été étonné ! Un vampire ! En Roumanie ! Dracula ! C'est le bon compte, non ? Moins l'humour. 
  L'homme en manteau de laine soupira : "Vraiment naïf que tu es ! C'est toi, le vampire, Rumen !" 
  Hein ?! 
 
 
  Il tire sur ses gants de cuir, noir brillant, ce simple geste m'hypnotise, la face ravagée. Cette sensation de vouloir fuir me revient ; la peur m'immobilise de ses doigts gelés. 
  Quoi ?! 
  Faut-il que ce soit la vérité ? Ai-je perdu mon humanité ? 
  Non ?! 
 
 
  Hoquet ! 
 
 
  Je visualise tout mon trajet depuis les montagnes des Balkans. 
    Les chemins empruntés par la vieille charrette. 
    Les haltes dans les auberges pittoresques. 
    La frontière et ses contrôles incessantes des identités. 
    L'odeur lourde des gens et du feu. 
    Les parfums des fleurs et des biscuits. 
    Le bruit des roues. 
    Le son des cœurs. 
    La mélodie du sang. 
 
 
  Tout est clair ! 
 
 
  Mais toi ? Moi, je suis vieux et bizarre, je suis fou et malade. Je ne te veux pas ici ! Je ne te veux pas vivant ! Rumen... tu dois mourir ! 
   Je soupire, dépité. 
  Qu'ai- je donc fait ? Je ne suis qu'un gars qui vit dans le 21ème siècle, avec ces règles parfois absurdes mais sûres d'aider le monde. Je marmonne : "Voyager dans l'espace Schengen pour apprendre d'autres cultures est ma passion." 
   Et puis : "Je demande qu'à être écolo, à faire dans le durable. Hetty aimerait qu'on recycle nos balles." 
   "Elle veut juste que vous récupérez les douilles." 
  "Bouteilles recyclables, plus de serviette en papier, ni de gobelet en carton. Et ensuite, hein ?" 
  "On sauve la planète!" 
  "Oui, Hetty court toujours pour de bonnes causes. Tu vois, Comte Dracula, je ne suis qu'un gars normal ! Pourquoi veux-tu que je meurs ?"
  "Tu gênes mes projets. Tu ne sais pas qui tu es, donc sans camp, donc dangereux pour nous tous !"
   "Vous tous ?"
  "Vampires et humains ! Tu sera chasseur de vampires et prédateur d'humains ! Deux natures ! Deux fonctions ! Contre-nature !"
 
 
  ''…'' Je rate un long discours.
  "Sur une main humaine, oui ; pas pour toi, Rumen ! Essaie donc !" 
  J'allume la lampe de poche, que je garde près du couteau-suisse dans ma poche, et dirige le faisceau de lumière vers la paume de la main. Je regarde le résultat : les doigts brillent rouge vermillon, la tête des métacarpes aussi, mais pas plus loin. C'est normal, là. Fermant les yeux, je soupire de soulagement. Regardant à nouveau, cette brillance a disparu et la main semble être un bloc de bronze argenté.
  "Oui, ça vient, ça part : là, tu n'es pas défini !" Puis, il m'ordonna durement : 
  "Choisis un camp, Rumen !"
  "En gros, devenir une créature comme vous : vous êtes également un vampire. Je sais car vous vous éclipsez plus vite que la normale ! Et vous me voulez mort car vous savez que je vous aurais si je ne suis pas du même côté que vous !"
  "Bien..."
  "Allez-vous en !"
 "Décide-toi d'abord. Pense à Hetty... Voudrais-t-elle d'un être maléfique comme frère ?"
  "Non, non..."
  "Deviens chasseur et tu pourras me contrer ! Ou deviens vampire et accompagne-moi !"
 
 
  Je ferme les yeux. Je me concentre.
  Le souffle régulier de Hetty m'effleure la joue.
  Celui, plus grave, de mon père gronde dans l'oreille.
  La voix d'un homme qui marmonne dans sa barbe des mots inaudibles me parvient comme un lai des anciens temps.
  Les bottes du vigiles qui claquent sur le pavé et dont j'entends tomber la sèche boue.
  Le clochard qui sommeille.
  Le léger vent.
 
 
  Mon estomac gargouille. J'ai faim. Je croque un biscuit. Machinal geste qui me rassure. Je suis toujours quelque peu pur. Encore sain. Je ne suis pas nuit. Esprit, dans ta mémoire fouille !
  "Vas, comte Dracula, ou qui puisses-tu être ! Je ne suis ce que je saurai être, pas besoin de tes menaces !"
  Un mot sage. "Tu le regretteras !"
  L'homme au manteau se lève d'un coup, blessé d'avoir échoué. "Hé, où va-tu, le comte ? Quittons-nous en bons termes au moins !" Je ricane. Celui-ci acquiesce "pour ce soir, mon jeune ami ; mais demain sera une autre vie..." puis se dirige vers le clochard dormant sur plusieurs chaises. Il scrute les autres humains : personne ne le remarque ; quant à moi, je n'ai pas besoin de me retourner pour voir ce qu'il fait... Il se penche en avant...
  Un craquement assourdissant retentit dans la salle d'attente ! Peut-être les cervicales. Ou le tonnerre. Les humains sont comme en transe : chacun dort ou bien se souffle sur les doigts. Pas de réaction parmi eux...
  Je suis perplexe. Qu'était-ce ? Oui, la gare recelait une chose en ses murs : ce doit être elle ! Je l'ai ressenti à notre arrivée. 
  Hetty se réveillait doucement. Moi, je la regardai en  souriant. Chaque moment passé avec elle m'est toujours précieux. 
 
 
  La gare n'a pas de 'chose' en ses murs. C'est mon esprit. Juste lui qui vagabondait. Je me sens revigoré. 
  "Tu es bizarre, Rumen..." me murmure ma sœur.
  "Mm ?"
  "Révises-tu la technique... ? " Me montre le livre coincé contre mon dos. 
  "Oui, Hetty, je sais maintenant comment arrêter une chauve-souris !" 
  "Tu fais juste un peu trop de bruit..."
 
 
  L'appel à l'arrivée du train nous appela au quai.
  Sommes-nous les seuls comme ça ? Deux êtres, deux actions... Deux futurs.
  "Tu sais, j'avais un voisin ; j'ai discuté avec lui..."
  "C'est plutôt rare pour toi, taciturne !"
  "C'était spécial, quand même..."
  "Ça l'est toujours !"
 
 
  Je fais un pas dans ce nouveau monde. C'est un appel puissant. Allons-y ! 
 
 
    La chevelure grise de mon père 
   devant moi me sert de repère, 
   j'avance vers la porte vitrée 
   d'où un aveuglant rayon solaire fait son entrée, 
   la fumée qui se dégage des personnes au dehors 
   m'apporte le peu de chaleur qui me manquait bien, 
   ma sœur me sourit en marchant vers ce train 
  et rêver d'enfin revoir le Danube d'or. 
 
 
Le clochard sommeille encore 
mais il ne ronfle plus si fort. 
Je crois avoir vu deux beaux 
points rouges sur sa peau. 
La valise bleue est renversée, 
un gant de cuir noir gis à son côté...


14/01/2011
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